Benedicaria

Le destin est parfois étonnant, laissez moi vous raconter comment m’est venue l’idée de cet article. Un ami m’a récemment donné un livre sur un système de couteau sicilien et sa connexion avec les 7 archanges. Pour des raisons diplomatiques et parce que je ne suis pas un mauvais garçon, je ne dévoilerai pas le nom de l’auteur ni le titre du livre. Pourquoi ?

Et bien c’est simple, le représentant légal de l’école et le maestro de l’auteur est une personne assez… charismatique, dirons-nous ; pour l’avoir vu à l’œuvre, on frise l’auto mutilation.  Toutefois, aux Etats-Unis (aïe, premier indice) il a publié un nombre important de livres sur le coltello et les traditions qui l’entourent.  Je sais qu’il est lu et reconnu car on m’en parle régulièrement dès qu’on aborde avec moi le couteau italien. Qui s’intéresse un peu à son travail verra que l’historique de sa lignée est trop secrète et mystérieuse pour être crédible (sans parler de l’intégration d’éléments du Lajolo KFS a sa « tradition », un comble ! ). Bref, en ce qui concerne la partie pragmatique et combative de son système, aucun doute quant à sa valeur. Toutefois ce n’est pas ce qui nous intéresse ici donc je n’en dirai pas plus, chacun est libre de creuser la question et de tirer ses propres conclusions.

I sette Arcangeli

Pourtant, il n’y a pas tout à mettre de côté dans ce livre, loin de là. Le titre peut faire sourire d’un premier abord, il laisse entrevoir un sujet passionnant et méconnu (ça devient une habitude à force on dirait) sur lequel je me suis empressé d’ « enquêter ». Je vais donc vous présenter dans cet article : la Benedicaria ou « la Voie de la Bénédiction ».  Mais que fait ce sujet dans un blog lié au couteau italien me direz-vous ? Lisez, et rdv à la fin de l’article.
Merci donc à cet ami, qui, en me donnant ce livre ne pensait sans doute pas susciter un si grand intérêt chez moi. A moins que….

« Les choses que nous faisons et que nous avons toujours faites« . Voilà comment se définit la Benedicaria au sein des communautés de l’Italie méridionale. En effet ce mot assez récent semble être italo-américain car en Italie même, il ne semble pas être usité. Toutefois, on utilise les termes de Benedetto ou Benedetta pour désigner celui ou celle qui le pratique (les bénis). On retrouve par contre dans différents dialectes les termes : Benedicazione (bénédiction), Benedica (béni) et Fa Lu Santuccio (lit. « fais une petite chose sainte »). Ces différentes traditions (car elles différent suivant les régions, les villages et même les familles) sont portées quasi exclusivement sur la guérison, la purification, la spiritualité et les dévotions religieuses.

Cette « magie » populaire n’a théoriquement peu à voir avec la Wicca ou la Sorcellerie. Pourtant, la ligne de séparation entre profane et sacré est très fine, devenant un véritable sujet de discorde. Souvent on incorpore des éléments de l’une dans l’autre et vice versa. Les pratiquants de la Benedicaria se considèrent être de fervents Catholiques à l’inverse de ceux utilisant la sorcellerie, de tradition païenne. On utilise principalement lors des rites, de l’huile d’olive et/ou des œufs comme remède contre le mauvais œil (malocchio), des bougies, un rosaire, des herbes médicinales, des neuvaines (rituels de prières spécifiques qui durent 9 jours ou nuits) en honneur des différents Saints. La plupart des prières étant tirées directement des livres de prières catholiques.

Il existe plusieurs sortes d’amulettes utilisées pour se protéger du Mauvais Œil ou attirer la chance. La plus répandue est le cornicello ou « petite corne« . Habituellement faite en corail rouge, en or ou argent, elle est portée autour du cou avec une chaine. La corne est normalement creuse et donc prête à être remplie de bénédictions qui sont versées tout au long de sa vie. Le dessus est souvent décoré d’une couronne en or qui représente le succès, la maitrise et la richesse. Les bénédictions de ce porte-bonheur sont multiples : chance, protection, virilité, force, succès, abondance et richesse. Lorsqu’il est porté comme bijou, il est souvent perçu comme un signe extérieur d’identité napolitaine. Il est aussi pendu au rétroviseur intérieur des voitures, on le voit aussi devant les fenêtres des magasins, en porte-clefs ou imprimé sur des t-shirt. Le cornicello  est généralement porté par les hommes à cause de son association avec la virilité mais puisqu’ils possède d’autres vertus, les femmes le portent également.

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Les pratiquants utilisent également des outils magiques qui différent suivant les traditions familiales et les régions. Ceux-ci incluent communément de vieilles clefs qui unissent l’énergie mâle et femelle, des cordelettes en fibre pour attacher/nouer, des amulettes, des couteaux ou des ciseaux pour couper et enlever la maladie, des miroirs et différentes armes pour renvoyer ou effrayer les esprits maléfiques. Chaque fois qu’ils sont utilisés, il faut avant les faire tomber au sol neuf fois afin de les activer.

Après leur activation, les outils sont tenus dans la mains dominante et placés sur la tête ou sur n’importe quelle partie du corps à traiter. Il faut ensuite tapoter ou caresser la zone. Trois fois sur la gauche, trois fois au centre et trois fois sur la droite pendant que l’on répète une prière secrète. Celle-ci est unique pour chaque pratiquant et dépend de sa tradition familiale. Elle est transmise de génération en génération, habituellement de mère à fille, petite-fille ou nièce mais peut aussi être partagée avec un homme intéressé par la guérison. Traditionnellement, on la partage seulement deux nuits par an : la veille de Noël à minuit et à minuit avant la Saint Joseph, le 19 mars.

Alors que l’on tapote les objets sur le corps, on récite des prières spéciales un total de trois fois. On prie le Ave Maria trois fois, le Notre Père trois fois et le Gloire au Seigneur trois fois. Souvent récités dans le dialecte ancestral de celui ou celle qui exécute ce rituel.

Cette « magie » populaire ne possède pas de textes écrits ni de manuels, les pratiques sont transmises oralement depuis des siècles, en secret à celui qui en est vraiment digne. Il n’existe pas de rituel d’initiation onéreux, celui qui sait… fait,  c’est la règle. Il existe des consécrations adressées à des Saints particuliers, comme Saint-Michel qui permettent une connexion spécifique avec l’Esprit, une sorte de serment solennel. Jésus a dit : « C’est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé » (Marc 11,24). Ceci est la première règle que l’on doit avoir en tête si l’on s’essaie à ce type de pratique : la foi.

Voilà, je ne fais pas plus long pour des raisons pratiques et pour ne pas m’éloigner de trop avec le thème principal de ce blog. Pour ceux qui auront lu « Sur le Fil de la Lame » et qui lisent attentivement mon blog, certaines similitudes (objets, personnages, …) vous auront certainement sauté aux yeux. Pour les autres, il n’est jamais trop tard 😉

@ bientôt
Laurent

Et comme rien ne sort de mon imagination, je me dois de citer mes sources que je remercie au passage.

http://gailfaithedwards.com/
http://blog.libero.it/benedicaria/
http://siciliancunningcraft.tumblr.com/
http://www.rueskitchen.com/
https://en.wikipedia.org/wiki/Benedicaria

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