Gladiateurs

Sortons à présent de nos sentiers battus et faisons un grand saut dans l’Histoire, toujours à la recherche des origines, vous commencez à en voir l’habitude dorénavant. Car comme je le répète assez souvent, “si l’on veut savoir où l’on va, commençons par savoir d’où l’on vient.”

Je vous propose donc de monter à bord de la DeLorean de Doc, de bien attacher votre ceinture pour un voyage dans le temps à destination de la Rome Antique.


J’étais obligé de la placer. Génération 80 oblige !

Le thème qui nous intéresse ici est le duel de gladiateurs. Pour ce faire, je m’appuie quasi exclusivement sur une seule source, un super bouquin écrit par des experts en la matière. Il s’intitule tout simplement Gladiateurs aux éditions Tautem, co-écrit par Méryl Ducros, Brice Lopez et Sonia Poisson-Lopez. Pourquoi une seule source  ? Parce que ce livre résume tout ce que vous devriez connaître sur le sujet. Tout simplement.

J’ai un intérêt particulier pour l’Antiquité car c’est une période (avec le Moyen-Âge) qui m’inspire tout particulièrement. Malheureusement, j’ai comme certainement la très grande majorité d’entre vous encore beaucoup de clichés en tête, principalement issus du monde cinématographique, ou littéraire. Pour corriger cela et remettre de la véracité historique, bref faire tomber toutes les idées reçues, s’il n’y avait qu’un seul livre à lire concernant ces chers athlètes du passé, ce serait celui-là ! Ca pique un peu au début car tout ce qu’on l’on pensait connaître s’effrite petit à petit au fil des pages… et surtout ça envoie tous les films, documentaires et  les livres soit disant historiques au vide-grenier du dimanche.

Pour avoir approché il y a quelques années la troupe ACTA, si vous ne connaissez pas, suivez au moins le lien et qui sait, peut-être vous donnerez-vous la possibilité vous aussi de croiser le scutum (bouclier militaire d’origine samnite) avec des professionnels de la gladiature, ou mieux, de vous le prendre plein casque. C’est une sacré expérience, croyez-moi !
ACTA ARCHEO c’est par ici

Alors pourquoi tant d’à peu prètisme ? (celui là c’est cadeau, je viens de l’inventer). Tout d’abord, si les historiens s’appuient sur les auteurs chrétiens, déjà il y a problème. En effet, ces auteurs ont reporté et tenté d’expliquer un monde qu’ils ne comprenaient pas ou pire, qu’ils rejetaient purement et simplement. Je vous rappelle que le monde romain a basculé sous l’Empereur Constantin. Alors imaginez comment seront décrits ces spectacles offerts au peuple ? La gladiature sera par conséquent le bouc émissaire idéal pour représenter le monde romain originellement païen comme décadent, violent, barbare, orgiaque, etc (je m’arrête là mais la liste est longue). De plus après avoir vu des chrétiens se faire dévorer vivant par des animaux sauvages, il y a tout à penser qu’il est difficile ensuite de ne pas être tenté par l’emploi de ces qualificatifs peu élogieux. Animaux, combats sanglants, mise à mort de prisonniers, tout ça dans la même journée je vous le concède ça fait désordre, surtout pour le cantonnier de l’amphithéâtre (une petite pensée pour eux je vous prie…).


Surtout pas de casque pour la caméra, faut rester “bogoss”  (© Metropolitan FilmExport)

Ensuite, pour en venir à un aspect plus technique, beaucoup d’historiens peu scrupuleux ont imaginé, fantasmé, confondu des armures, proposé des interprétations personnelles, bref, eux comme les auteurs romains antiques n’ont pas été froids, précis, scientifiques et donc objectifs comme peuvent être ceux qui s’appuient strictement sur les sources historiques. Et de belles pièces ont survécu aux millénaires : statuettes, mosaïques, bas-reliefs,… baissez-vous, il n’y a plus qu’à ramasser (enfin presque)  !


Le jeu des 7 erreurs. Image tirée du livre Gladiateurs.

Pour cela il faut obligatoirement étudier les sources, les mouvements, les mettre en pratique au quotidien afin de valider  et donner l’ interprétation la plus sûre et la plus proche possible de la réalité d’antan (à 100% ça n’existe pas sauf si on trouve un moustique dans de l’ambre qui aurait piqué un Provocator ou un Retiarius afin d’en extraire le sang et le ramener à la vie. Ah non on me dit que  que ce scénario a déjà été exploité pour un film…). Cela s’appelle l’archéologie expérimentale et archéologie du geste. C’est uniquement en combinant les deux que vous aurez un goût et un parfum du passé.

 

Donc on oublie les gladiateurs sous stéroïdes hollywoodiens avec armures fantaisistes. Pas de marteaux, de haches, de combats contre des tigres ou des kangourous sous amphétamines tout simplement car ce n’est représenté ni à Pompéi, ni en Syrie ou à Carthage.

Pour la petite parenthèse, vous oubliez aussi Braveheart et ses batailles de marathoniens, l’Aigle de la neuvième Légion, le 13ème guerrier, Spartacus, Gladiator (évidemment),… bref tous les films de guerre et péplum made in cinéma. Pour fréquenter pas mal les festivaux médiévals (ok ok facile!) et discuter avec les passionnés qui font revivre ces belles époques l’espace d’un week-end, rien n’est vraiment authentique dans les films et les séries. Réfléchissez 2 secondes : des armes de 10 à 15kg dans les mains, 500 mètres de courses en sprint dans la boue pour affronter pendant 20 minutes des hordes de sauvages peinturlurés et tout ça sans respirer 5 minutes, ça ne vous choque pas vous ? Moi je vois ça je râle et je saute à pieds joints sur mon canapé en houspillant le metteur en scène (et je me fais crier par madame car elle suit toujours le film elle ! Elle se fout que se soit cohérent car vous savez très bien que les femmes, c’est l’émotion qu’elles recherchent.)


Je m’excuse mais là aussi, pur fantasme du peintre Jean-Léon Gérôme (19ème siècle) qui a inspiré les péplums hollywoodiens. Elle est pas la belle la véracité historique ? Ca n’enlève rien de la beauté de cette toile cependant.

Pour finir le paragraphe de ce que n’était pas la Gladiature, j’ajouterai uniquement ceci (et ça s’applique à l’Histoire en général). Attention à l’interprétation donnée par les auteurs, elle est souvent pas si naïve que l’on croit mais plutôt politisée ou orientée afin de servir une idéologie derrière. La réinterprétation de l’Histoire suivant l’époque où on la commente c’est un sujet intéressant cela dit en passant. Je paraphraserai enfin le poète persan Djalâl Al-Dîn Rûmi : “La vérité est un miroir brisé, chacun en détient un morceau. Le piège est de (faire) croire que le morceau que l’on tient est la vérité.”

Mais alors qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Que trouvait-on dans ces fameux ludi ? Je ne dévoilerai pas ici le livre car ce serait malhonnête de ma part étant donné que je ferais que plagier un travail remarquable effectué par des gens sérieux et qualifiés. Si vraiment le sujet vous passionne autant qu’à moi, il n’y a plus qu’à se procurer le livre vous aussi.

Alors je vous voir venir sur le choix du sujet. Vous vous dites : “Mais comment se fait-il qu’il nous parle de gladiateurs, lui qui d’habitude nous présente des sujets liés à l’univers de l’escrime italienne ?” Un peu de patience, j’y viens.

Déconstruisons à présent notre monde et notre mode de pensée actuels. Plongeons-nous dans un monde  où l’on fait des sacrifices, des mises à mort théâtrales, où l’on organise des festivals liés aux saisons ou en honneur aux Dieux sans oublier l’Empereur que l’on vénère ; plongeons-nous dans le monde païen de nos ancêtres. La gladiature à proprement parlé sous l’Empire s’est déjà  codifiée, une vraie recherche d’équilibre des forces entre les différents “modèles” de gladiateurs et proposée afin de proposer des spectacles onéreux de grande qualité.  La recherche du beau combat, de la belle prestation et du courage des athlètes antiques sera acclamée par les foules en délire. Ca y est, vous y êtes ?

Faisons encore un saut  en arrière en ce qui nous concerne.

A l’origine, les courses de chars, les combats armés ou non accompagnaient les funérailles de grands guerriers. Cette tradition arriverait soit de Grèce soit des Etrusques (ça dépend des sources). Quoi qu’il en soit, les romains l’ayant repris à leur compte, nous assistons là à de la proto-gladiature. Sous l’Empire, ces combats/offrandes faits aux mort et à la Mort seront appelées Munus. Elles ont une vertu apotropaïque (si vous voulez briller en société, servez-vous!).  Je cite un passage du livre Gladiateurs que j’ai trouvé pertinent et ainsi aurez LA réponse à votre question :

“De telles représentations font écho à la littérature classique qui mentionne elle aussi ces oppositions, notamment dans l’une des œuvres majeures de la période : l’Iliade. Dans les jeux funèbres en l’honneur de son ami Patocle, Achille demande à deux valeureux guerriers, Ajax et Diomède, de prendre les armes et de s’affronter jusqu’au premier sang (tiens tiens !) afin d’honorer le mort, mais aussi la Mort. Homère y dépeint les règles de l’affrontement au premier sang : est déclaré vainqueur celui qui, le premier, fait couler le sang de son adversaire […] Cette tradition se perpétue en Italie du Sud (re tiens tiens !) où les combats funéraires sont attestés dès le IVème siècle av. J.-C, en Campanie sur les décors de tombes de Paestum. On y voit des hommes combattre au sang et qui portent l’équipement hoplitique -lance et hoplon– à l’image du combat relaté par Homère pour les funérailles de Patrocle.

Cette pratique arrive à Rome au IIIème siècle av. J.-C : on y voit s’affronter lors de grandes funérailles publiques pour honorer les grandes familles. Ainsi, ces gladiateurs appelés à l’époque bustuarii, font don de leur sang et de leur sueur pour la Mort dans un premier temps lors des ludi funebri et, plus tard, dans le cadre des jeux publics (ludi) pour le peuple romain”.

Est-ce que ça s’éclaire à présent ? Sud de l’Italie, duel au premier sang, codification des combats… Intriguant n’est-ce pas ? Il serait facile et certainement historiquement incorrect de tracer une filiation continue entre ces combats offrandes, les duels chevaleresques et les combats modernes pour l’honneur qui se faisaient encore il y a quelques dizaines d’années en Italie bien sûr mais dans d’autres pays d’Europe dont le nôtre. (Dernier duel en France à l’épée 1967 les amis ! ) La raccourci est simpliste en effet mais en tout cas pour ma part c’est ce passage qui m’a décidé de vous parler des gladiateurs car le lien avec le passé est fort. Cette survivance d’une pratique, d’un monde ancien est toujours présente encore aujourd’hui si l’on sait bien chercher.

Mais à l’époque, à quoi tout cela pouvait-il bien servir (oui oui je vous entends me le demander) ?  Tout simplement pour permettre à Rome d’imposer ses valeurs, sa politique, sa religion et donc permettre l’acculturation des populations autochtones aussi diverses que variées sous un symbole commun dans tout l’Empire.

Et 2000 ans plus tard que faisons-nous ?

Je conclurai donc non pas à la manière d’un auteur romain chrétien, mais en amoureux  d’un monde que je n’ai certes pas connu mais qui ne me laisse pas de marbre. De nos jours, qu’est-ce qui rassemble les différentes classes sociales, les populations d’origines diverses le temps d’une compétition ?  Où se retrouvent-elles certains jours spécifiques de la semaine ? Où les politiques et autres personnages influents  viennent-ils se faire voir lors de grandes occasions ?

Finalement, les amphithéâtres modernes sont toujours aussi remplis car nous avons toujours du pain et des jeux (Panem et circenses). Est-ce une bonne chose ou pas ? Libre à vous de répondre car tout est affaire de point de vue finalement n’est-ce pas ?

A bientôt fidèles lecteurs, j’y retourne pour ma part !

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