Interview de Antonino Versaci…

Je suis heureux de pouvoir partager avec vous cette nouvelle interview d’un artisan coutelier sicilien, merci à lui d’avoir bien voulu répondre à mes petites questions…

Laurent : Salut Antonino, avant de nous présenter ton travail, parle nous un peu de toi si tu le veux bien.

Antonino : Je m’appelle Antonino Versaci et je suis originaire de San Fratello (province de Messine), je viens d’une famille de forgerons dans laquelle j’ai eu la chance de pouvoir apprendre toutes les anciennes techniques traditionnelles de travail et que je cherche à transmettre afin d’éviter que notre magnifique tradition se perde.

L : Quand as-tu commencé à t’intéresser aux couteaux ?

A : La passion des couteaux, comment on peut facilement s’en douter est à rechercher certainement dans la génétique. Elle est née depuis petit, d’abord comme une simple curiosité et attirance qui s’est par la suite développée comme recherche, étude et apprentissage pur et simple des anciennes techniques de travail transmises de générations en générations par les forgerons de mon pays d’origine et en particulier de ma propre famille.

 

L : Depuis quand les fabriques-tu ? qui t’a enseigné cet art ?

A : Bien que la passion se soit manifestée depuis tout petit, c’est grâce à l’aide de mon père que j’ai pu m’y essayer physiquement et apprendre à réaliser un véritable couteau traditionnel sanfratellano à l’âge de 15 ans.

L : Que représente le couteau pour toi ?

A : Et bien le couteau a toujours été pour l’homme un objet fondamental dont il est impossible de se priver, un objet indispensable mais qui en même temps peut devenir dangereux s’il n’est pas utilisé avec soin ou pire encore par une main méchante. Un objet très symbolique et riche en significations… et selon moi c’est en cela que réside la fascination qu’a toujours représenté le couteau pour la très grande majorité des hommes.

L : Comment se porte l’univers du couteau artisanal en Sicile ? A qui est-il principalement destiné ?

A : Malheureusement la Sicile, bien qu’elle soit la région d’Italie la plus riche en modèles traditionnels de couteaux, a subi pendant de longues années à partir de l’après-guerre un déclin de la part des véritables artisans qui ont eu le dessous face à l’expansion des industries, les notions de traditions ont fini par même se perdre dans beaucoup de réalités locales. Par chance aujourd’hui même si nous ne sommes que peu nombreux, grâce également aux historiens et collectionneurs, il reste encore quelques artisans généralement passionnés et collectionneurs qui essaient de maintenir vivante et transmettre de la meilleure des façons cette très ancienne tradition.

L : As-tu des clients étrangers ? d’où sont-ils majoritairement ?

A : Ces dernières années j’ai eu différents clients étrangers, d’origine sicilienne mais pas uniquement, qui ont beaucoup apprécié ma façon de vouloir transmettre la tradition du couteau sanfratellano et sicilien en général et avec la plupart d’entre eux et avec le temps s’est créé un vrai rapport amical lié à la passion commune pour les couteaux.

L : Peux-tu nous présenter quelques une de tes œuvres ?

A : Et bien le modèle qui me représente vraiment le plus ne peut qu’être le sanfratellano, typique de mon pays et de ma tradition familiale. Parmi les autres modèles que j’aime réaliser il y a divers modèles traditionnels de duel, avec des dimensions plus grandes, des caractéristiques très offensives mais riches d’une tradition un peu obscure et parfois moins connue.

L : Quelles étaient les différentes utilisations de ces couteaux ?

A :  Le modèle sanfratellano est conçu pour une utilisation courante car le paysan l’utilisait pour le travail dans les champs, le berger lors des longues journées passées avec le troupeau pour manger, couper le bois et au besoin également pour se défendre. Il était aussi utilisé par d’autres personnes issues de la société pour des usages plus simples et courants qui pouvaient se produire pendant la journée. En ce qui concerne les couteaux traditionnels de duel, le discours est différent. Ils sont nés avec des caractéristiques très offensives et des dimensions plus importantes et ils ont été malheureusement employés pour des duels d’honneur ou simplement pour attaquer ou se défendre.

L : Les utilise-t-on encore aujourd’hui ?

A : Heureusement aujourd’hui les duels ne sont plus à l’ordre du jour comme dans le passé et donc les couteaux traditionnels de nature offensive et aux mesures généreuses sont devenus des objets de collection, en revanche en ce qui concerne le couteau sanfratellano et toute une série d’autres couteaux traditionnels de poche, il y en a encore qui aiment les utiliser pour le plaisir de posséder un objet simple mais issu d’une très ancienne tradition ou simplement pour leur qualité et fiabilité.

L : Qui étaient par le passé ceux qui les utilisaient ? As-tu fait des recherches à ce sujet

A : Jadis la quasi totalité de la population avait un couteau en poche qu’elle utilisait pour les travaux des champs, avec les troupeau pour les bergers mais aussi pour des besoins plus simples de la vie quotidienne. Les couteaux de duels servaient quant à eux à se défendre du brigandage par exemple, bien souvent dans des endroits plus inconfortables et obscurs de la société de l’époque…

L : Parmi les couteaux que tu conçois, quels sont ceux qui te procurent le plus de plaisir ?

A : Certainement le couteau avec lequel je suis le plus lié et qui me passionne le plus est le sanfratellano parce qu’à chaque fois que je réalise un nouveau couteau, il me semble revivre encore et encore les années de dur labeur des forgerons de ma famille et je me sens satisfait car avec ma passion je fais en sorte que les anciens enseignements transmis de générations en générations puissent continuer d’exister et être encore transmis.

L : Quels sont les matériaux que tu utilises afin de réaliser tes couteaux ? Tu forges également les lames ?

A :  Pour les matériaux je cherche à les faire correspondre le plus possible aux très simples matériaux qui étaient utilisés dans la tradition de nos forgerons, en particulier l’acier au carbone forgé rigoureusement selon les anciennes traditions transmises pour les lames, et les ressorts des couteaux, parmi le fer, le laiton, le cuivre et la corne pour les manches. Des matériaux très simples donc comme je vous disais mais dans les mains expertes de l’artisan, ils enrichissent le travail au niveau historique et traditionnel.

L : Rajoutes-tu ta touche personnelle ou reproduis-tu à la lettre les couteaux traditionnels ?

A :  Selon moi aujourd’hui, mais également comme par le passé chaque artisan a toujours eu une croissance professionnelle et a toujours donné une touche personnelle à ses couteaux, ce qui les rendait uniques et reconnaissables aux yeux des plus avertis, sans évidemment bouleverser ce qui est la véritable tradition.

L : Dans le futur, voudras-tu transmettre ton art ?

A : La passion des couteaux est si forte qu’il est impossible de pouvoir s’en séparer et donc je peux affirmer que je continuerai à faire de mon mieux pour transmettre les traditions dans l’espoir que beaucoup d’autres jeunes se rapprochent de manière positive afin d’apprendre dans le respect de notre ancienne tradition.

 

L : Portes-tu un couteaux en poche ?

A : Même si les lois aujourd’hui sont bien restrictives que par le passé et consentent seulement de porter sur soi un couteau pour des “raisons valables”, il m’arrive souvent d’avoir dans la poche un petit couteau pour ouvrir un paquet ou simplement pour peler une pomme.

L : Es-tu toi-même collectionneur ? Collectionnes-tu les antiquités ?

A : Je n’ai jamais été un grand collectionneur mais bien entendu j’aime tout ce qui est traditionnel et surtout si c’est ancien. J’aime collectionner des objets non traditionnels ou bien d’autres régions d’Italie réalisés par des amis maîtres artisans avec lesquels nous prenons plaisir à nous échanger nos petites réalisations en signe d’amitié.

 

Merci à Antonino pour la présentation de son travail et je vous dis à bientôt pour d’autres interviews d’artisans couteliers made in Italy…

 

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