Interview de Gianni Galasso (Sicile)

Voici l’interview d’un artisan coutelier sicilien que je remercie chaleureusement pour m’avoir consacré un peu de son temps afin de réaliser cette interview. C’est la première d’une longue série je l’espère !

Tout d’abord, je vous le présente en ces quelques lignes.

Gianni Galasso, né en 1971 à Calatabiano (CT), vit à Trecastagni (CT) au pied de l’Etna où depuis 2010 il consacre son temps libre à la réalisation de couteaux, une passion qu’il cultive depuis très longtemps. Il s’est dédié à la recherche, à l’étude et à la fabrication de couteaux typiquement siciliens de duel mais aussi de couteaux d’utilisation courante. Pour cela il utilise des matériaux traditionnels comme l’acier au carbone, l’acier de suspension de voitures, de cornes diverses, de bois, de laiton et de cuivre identiques à ceux utilisés par le passé. Chaque couteau qu’il réalise est une pièce unique car il est fabriqué selon les anciennes techniques sans utilisation de pièces déjà travaillées par un tiers.

Laurent : Depuis quand t’intéresses-tu aux couteaux ? Depuis quand en fabriques-tu et qui t’a enseigné ?

Gianni : J’ai pratiquement toujours été attiré par les couteaux. J’ai commencé à en fabriquer en 2010, je réalisais alors des couteaux fixes. Après un certain temps, l’un de mes amis – à la fois expert en couteaux régionaux siciliens et fabriquant artisanal – m’a poussé vers la réalisation de couteaux de ma terre natale la Sicile en m’enseignant les techniques et les caractéristiques les plus importantes qu’un couteau sicilien se doit de posséder.

L : Que représente le couteau pour toi ?

G : En ce qui concerne le couteau de duel, pour moi il représente le passé, l’Histoire, la tradition, la culture ancienne mais il doit uniquement servir aujourd’hui de portail afin voyager dans le temps ; pour cela il doit respecter tous les critères de chaque modèle unique. Alors que pour les couteaux utilisés quotidiennement par les paysans et les bergers, tout aussi représentatifs que ceux cités précédemment, je les considère comme des compagnons de vie, toujours dans le respect des normes qui en régulent le port.

L : A qui sont destinés aujourd’hui ces couteaux ?

G : Généralement, ces couteaux sont destinés aux collectionneurs du monde entier même si les passionnés qui choisissent d’acheter un petit couteau pour l’utiliser tous les jours ne manquent pas.

L : Peux-tu nous présenter quelques-unes de tes œuvres ?

G : Couteau typiquement sicilien de duel “Lingua di passero” (langue de moineau)

Celui-ci possède des dimensions relativement modestes avec une lame d’environ 13cm à partir de laquelle il tire son nom. Il possède un système de blocage appelé  “a camma alla catanese”. Il est réalisé avec de l’acier au carbone, des plaquettes en os (on privilégie toutefois la corne) et une lame guillauchée.

“Rasolu ammanicatu”

Couteau de duel typique de la région de Catane, blocage de la lame “a camma alla catanese”.

L : Qui étaient dans le passé ceux qui utilisaient ces couteaux ? As-tu fait des recherches sur le sujet ?

G : Ces couteaux étaient utilisés lors de duels, pour des règlements de comptes, des offenses reçues ou faites, certaines fois pour des vengeances.

L : Certaines caractéristiques nous paraissent étranges. Modèles très longs, parfois dépourvus de pointes… A quoi sont-elles dues ?

G : En Sicile, les caractéristiques relatives à la longueur ou au type de lame déterminaient le type de duel dans lequel on s’engageait (pour les couteaux munis de pointes) alors que pour ceux ne possédant pas de pointes, ils étaient soit utilisés pour des travaux agricoles ou d’élevage ou pour balafrer le visage de l’ennemi par vengeance d’une offense commise.

L : Comment vois-tu le futur du couteau artisanal, est-il menacé ou vois-tu un regain d’interêt s’opérer ?

G :  Je remarque ces dernières années un intérêt majeur pour les couteaux régionaux également de la part des jeunes.

L : Ajoutes-tu aux couteaux ta propre touche personnelle ou les reproduis-tu stricto sensu ?

G : Je cherche à reproduire le plus fidèlement possible chaque couteau sans rien ajouter de personnel !!

L : Il y a-t-il dans ta région une tradition ou un modèle typique ?

G : De toutes les régions italiennes, la Sicile est celle qui peut se vanter d’avoir le plus grand nombre de couteaux typiques, environ une dizaine.

L : Transmettras-tu ton art dans le futur ?

G : J’espère tant pouvoir transmettre mes connaissances à mon fils Simone.

L : La parole est à toi pour clôturer notre interview…

G : Merci de l’intérêt porté à mes créations et pour les couteaux siciliens en général, pour celles et ceux qui voudraient voir l’étendu de mon travail, vous pouvez visiter mon profil Facebook à l’adresse https://www.facebook.com/coltelliartigianali.giannig

Si vous lui passez commande, n’hésitez pas à dire que vous venez de ma part 😉

@ bientôt pour la suite…

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