Interview de Piero Ricciardo (Sicile)

Voici l’interview de Piero Ricciardo que je remercie de s’être prêté au jeu du question/réponse. La Sicile est une fois de plus à l’honneur ici.

Laurent : Salut Piero, peux-tu te présenter ainsi que ton travail stp ?

Piero : Salve ! Je m’appelle Piero Ricciardo, je suis un passionné de “lames” depuis toujours et à partir de 2006 je passe une grande partie de mon temps libre à en fabriquer. Je les confectionne à Piraino, dans la province de Messine (Sicile), en travaillant exclusivement à la main et avec l’utilisation de machines simples. Je pars toujours de matériaux bruts, je n’utilise pas de pièces dirons-nous “préfabriquées” ; en ce qui concerne la réalisation des lames, j’utilise autant des aciers carbones que de l’inox et pour les manches, du bois ou des cornes. En sus de l’acier, pour les finitions je me sers soit de laiton, soit de cuivre ce qui ajoute à mes réalisations la touche traditionnelle et de l’élégance. En de rares cas ont été utilisées des matières synthétiques.
Ainsi les couteaux réalisés s’avèrent être des “modèles uniques” et pour autant qu’ils paraissent semblables, ils sont tous différents les uns des autres avec des marques singulières de production artisanale, ce qui en confirme l’authenticité.

L : Que représente le couteau selon toi ?

P : Le couteau est incontestablement le premier ustensile créé par l’Homme et encore aujourd’hui se développe chez l’être humain une fascination particulière déjà connue depuis le Moyen-Âge. Cependant les matériaux ont changé avec le temps, la forme générale de base est restée la même, nous pouvons affirmer que le couteau est à ce jour un  outil commun largement utilisé dans le monde. Même si la majeure partie des “lames” est utilisée en cuisine, les couteaux pliants et les multifonctions de poche sont plus facilement transportables afin d’être disponible en tout lieu et font partie de la culture et des traditions de chaque peuple.

En outre, je soulignerai l’importance de certains modèles de couteaux comme qu’arme même s’ils sont un peu mis de côté au profit d’armes plus efficaces et spécialisées, je retiendrai toutefois qu’une “lame” reste un élément irremplaçable dans les dotations militaires de toutes les armées.

L : Comment se porte l’univers du couteau artisanal en Sicile ?

P : La Sicile est la région possédant le plus vaste choix de couteaux, chacun ayant une typologie propre. Cela est dû soit aux différentes populations qui ont dominé l’ile soit au fait qu’étant positionnée au centre de la Mer Méditerranée elle a été une étape obligatoire pour tous les navires du monde, il est donc pratiquement impossible d’en reproduire tous les modèles.

L : A qui s’adresse le couteau artisanal aujourd’hui ?

P : Je pense que les productions relatives aux couteaux de duels sont exclusivement destinées aux collectionneurs alors que les couteaux de travail aux dimensions plus petites trouvent encore aujourd’hui preneurs chez les bergers ou les agriculteurs.

La loi italienne est très rigide en ce qui concerne le port du couteau car celui-ci est considéré comme objet d’agression, pourtant on l’utilise principalement sur notre lieu de travail ou lors d’activité extérieures.

 L : Peux-tu nous présenter certaines de tes œuvres ?

P : Liccasapuni

Coltello da duello tipico siciliano, Il suo funzionamento è a molla semplice questo esemplare realizzato in acciaio C70 Forgiato con molla rastremata e guancette in corno bovino multicolore lunghezza aperto 48 cm circa pur avendo una molla particolarmente tenace, esisteva il rischio che nella foga del duello la lama potesse richiudersi sulla mano

Couteau de duel typiquement sicilien. Il fonctionne avec un simple ressort conique réalisé en acier forgé C70, il possède des platines en cornes bovines multicolores et mesure en position ouverte environ 48cm. Bien qu’ayant un ressort particulièrement solide, le risque lors d’un duel endiablé de voir le couteau se refermer sur la main eut existé toutefois.

C’est pour cette raison que dans la province de Catane, les couteliers apportèrent une modification au modèle d’origine en créant un arrêt à la lame au moyen d’un cran qui la bloque en position ouverte. En fait, la fermeture s’effectue uniquement en débloquant la came qui se trouve sur le codolo (partie plate non tranchante de la lame située avant le manche) du couteau (voir photos). Ce type de blocage est traditionnellement appelé “blocco a camma alla catanese” mais est aussi connu comme “blocco pompa alla siciliana”.

Cuteddu Ammanicato

Couteau de duel originaire de la région de Catane avec système de blocage dit “a camma” avec bouton de déverrouillage réalisé en acier forgé C70 avec balancier effilé et des platines en corne noire d’une longueur ouvert d’environ 50cm.

Il était prévu dans le règlement du duel que les couteaux soient de ce type mais surtout ils devaient avoir la même longueur. Il pouvait être au premier ou au dernier sang (al primo ou all’ultimo sangue) selon la gravité de l’offense subie.

L : Les utilise-t-on encore aujourd’hui ?

P : Nous pouvons affirmer avec certitude qu’à présent les duels n’ont plus cours et que de tels couteaux sont utilisés uniquement lors de démonstrations et appartiennent exclusivement au domaine de la collection.

L : Quels couteaux te donnent le plus de plaisir quant à leur fabrication ?

P : Un couteau que je fabrique avec plaisir est celui de mon village Piraino (ME) qui d’ailleurs lui donne son nom : PIRAINITO (provenant de Piraino).
Après une longue recherche où j’ai même visité de vieux ateliers également dans des communes voisines afin de remonter aux formes originelles, je suis parvenu à le reproduire.

Il était pratiquement apprécié de tous pour sa légèreté  (+/-50g), sa simplicité d’utilisation et pour son excellent tranchant. Les bergers, les agriculteurs et les pêcheurs s’en servaient beaucoup.

Sa lame, appelée fille du feu et de la maestria était traditionnellement emmanchée avec des bois locaux tels que le citronnier, néflier, oranger, bruyère, hêtre, frêne, olivier, poirier, etc… ou bien en version de luxe avec un manche en corne.

L : Quels matériaux utilises-tu pour tes couteaux ? Rajoutes-tu une touche personnelle ou reproduis-tu à la lettre les couteaux traditionnels ?

P : Les lames de mes couteaux traditionnels sont reproduites le plus fidèlement possible par rapport aux formes originelles avec de l’acier au carbone forgé alors que pour les manches je ne jure que par les matériaux naturels comme le bois ou la corne. Pour le reste, j’utilise acier, laiton et cuivre.

L : Penses-tu pouvoir un jour enseigner ton art ?

P : J’espère pouvoir transmettre mon art aux générations futures et je serais honoré s’il pouvait rester dans le giron de ma descendance.

L : Portes-tu un couteau en poche ?

P : J’ai toujours avec moi mon fidèle petit compagnon qui accomplit bien son devoir.

L : Enfin, avant de conclure, veux-tu rajouter quelque chose ?

P : Je remercie le blog les3chevaliers.com de m’avoir donné l’opportunité de faire cette interview. Merci beaucoup !

Merci beaucoup d’avoir gentiment accédé à ma requête. Et voici un aperçu global du travail de Piero. Vous remarquerez une fois de plus les différentes formes, longueurs, matériaux,… qui démontrent bien que la Sicile est une vraie terre de couteaux et de traditions. Chaque modèle est unique et possède une identité propre.

A bientôt !

 

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