Interview du maestro

Voici l’interview tirée du magazine italien cintura nera (Juin 2014) que j’ai traduite.

http://www.marzialenetwork.info/#!danilo-rossi/c8w4

M°Danilo Rossi Lajolo di Cossano
Responsable de la « Calix Academy » et fondateur du système de couteau « Lajolo System »

Aujourd’hui nous parlons de traditions italiennes. Nous le faisons avec un personnage vraiment charismatique et plutôt unique en son genre. Voici donc Maître Danilo Rossi Lajolo di Cossano, fondateur de la « Calix Academy » et du système renommé de couteau « Lajolo System » tiré de son nom de famille.Nous l’avons interviewé à l’occasion du récent « Festival de l’Orient » tenu au Parc des Expositions de Novegno (Milan) en mai dernier.
Au-delà de la noble lignée à laquelle il appartient et qui transparaît au travers de son nom, ce qui le rend justement fier, nous avons été frappés par son exubérance, sa franchise difficile à trouver ailleurs dans le monde d’aujourd’hui et par son enthousiasme à l’idée d’appartenance à sa terre natale, ses traditions et sa culture digne d’un homme d’un autre temps qui ne mâche pas ses mots.
Son travail est précieux comme la valeur du patrimoine enseveli qui, grâce aux représentants de la réalité comme lui, retrouve la lumière après des années d’obscurité imméritée.Ceux qui en bénéficient ne sont pas seulement ses compatriotes mais également ceux qui au-delà de nos frontières veulent pénétrer dans un univers aussi mystérieux que riche d’Histoire et de contenu n’ayant rien à envier à la quantité monumentale d’arts et de systèmes qui arrivent d’Orient (et pas seulement).
J’invite nos lecteurs à lire ce présent article mais aussi et surtout la vidéo adéquate disponible sur Hyperlink « http://www.marzialenetwork.info« dans laquelle outre de voir une petite démonstration de sa remarquable capacité d’utilisation du couteau, vous pourrez apprécier au mieux l’authenticité, la passion et la fierté d’un vrai Maître de la tradition martiale italique.
Bonne lecture et bonne vision

Ceinture Noire : Maître, parlez- nous de l’activité qui se déroule au sein de la « Calix Academy ».
Danilo Rossi Lajolo di Cossano : Avant tout, je dirai ceci en guise de préambule. Normalement les gens ont tendance à penser aux arts martiaux comme quelque chose qui vient uniquement de l’Orient. Je tiens à préciser que l’art martial appartient également à nous Italiens. Ceci dit, au fil des ans je me suis rapproché de cet univers grâce à l’héritage historique de ma famille, d’une noblesse militaire qui a toujours eu recours aux épées, sabres etc… pour lequel je n’ai fait que mettre en avant ce qui était déjà de notre compétence.
Dès mes 6 ans je me suis passionné pour ces traditions grâce à un oncle, jusqu’à ce qu’avec le temps d’une simple passion, celle-ci est devenue une vraie « obsession » comme le souligne souvent ma femme (il rit). Pour tout vous dire, j’ai dépensé tant et plus pour mes recherches qui m’ont emmené dans toute l’Italie, interviewé un paquet de gens et récupéré un savoir précieux mis aujourd’hui à la lumière du jour, toutes ces traditions locales de couteau et bâton.
Souvenons-nous que jusqu’à la fin des années 40 dans notre pays, il y avait encore des gens qui mourraient par l’épée et également des personnes comme les frères Nadi qui participèrent à des défis dits « au premier sang ». Ainsi nous avons une attention particulière envers ce patrimoine que nous appelons « Escrime Courte » en parlant de couteau en particulier. J’ai cherché à approfondir les techniques de manière scientifique, et pas seulement en me basant sur les mouvements présents dans les traditions comme la Pizzica, la Taranta ou la Danza dei Coltelli. J’ai analysé le tout en détail en extrayant l’essence des systèmes qui utilisaient un tempo d’un point de vue scientifique, réaliste, de temps et rythme qui sont ensuite ce que nous retrouvons à la fois dans l’escrime historique mais également dans l’escrime olympique.

C.N : Vous possédez un passé martial qui a influencé votre passion pour les traditions italiques anciennes. D’où part ce désir d’approfondir la recherche dans cette direction ?
D.R.L.C : Elle part sûrement de lieu de naissance. Je suis né à Turin et ayant grandi dans un quartier comme tant d’autres, j’ai eu la possibilité de rencontrer des gens de toute sorte. Donc, poussé par les vicissitudes de la rue et comme je le disais plus tôt, grâce à mon oncle, la passion a grandi en moi jusqu’à ce que je comprenne que celle-ci était vraiment ma voie.
J’ai toujours été un passionné de couteaux donc tout tombe sous le sens. A présent je me dédie à fond à cette pratique, sacrifiant tous les aspects de ma vie pour atteindre mon but, préserver ce bagage traditionnel et le maintenir en vie parce qu’il fait partie de notre culture. N’oublions pas que l’Histoire italienne s’est déroulée sur le fil de la lame.

C.N : De tout cela est donc né le « Lajolo System ». Vous nous en parlez un peu plus en détail ?
D.R.L.C : le « Lajolo System », qui s’inspire de mon nom de famille est une synthèse de ce qui est de mon point de vue, de choses les plus efficaces et réalistes. Je les ai modernisées et rendues accessibles à la mentalité actuelle et au contexte environnemental dans lequel nous vivons aujourd’hui.
J’ai compris que je devais restreindre le rayon d’action et partir du fait que de nos jours, il n’y a plus de champs mais des rues étroites, des lieux bondés etc… De là est née l’idée du « Lajolo System », une synthèse pratique et mise au goût du jour.
La « Calix Academy » de calix qui signifie « calice » en latin, un récipient à l’intérieur duquel convergent toutes mes expériences et celles de mes instructeurs. En fait, je donne beaucoup d’espace à mes garçons, dans le sens où je leur laisse la possibilité d’accéder et de progresser également dans d’autres disciplines pour ensuite rassembler les expériences à l’intérieur même du récipient. C’est un peu comme une table ronde.

C.N : Comment fonctionne votre organisation sur le territoire national et quels sont vos projets d’expansion à l’intérieur et à l’extérieur de notre pays ?
D.R.L.C : Actuellement, en l’espace de quelques années, j’ai pas mal été à l’étranger. J’ai été demandé en Russie où j’ai collaboré pendant 4 ans avec une école tous les 2 mois et dans laquelle j’ai enseigné nos traditions. Je suis allé en Ukraine, je me rends régulièrement aux Etats-Unis, en Australie, en Espagne, en Allemagne, en France. Je me suis concentré hélas plus sur l’étranger parce que tu sais ce qu’ on dit non ? « Nemo profeta in patria ! » Nul n’est prophète en son pays ! Donc en plus de la situation actuelle de l’Italie, je me suis contraint à aller ailleurs. Mais maintenant je suis rentré en Italie, aussi parce que justement mes élèves m’ont dit : « Donne nous également la possibilité de préserver ces traditions ! »
Alors, j’ai ouvert une section à Padova où se trouve l’un de mes instructeurs Marco Antonio Soldati et une autre à Udine où se trouve Alan Saitta également maître de Muay Thai. Nous avons ces 2 sections où je donne des cours privés et eux enseignent.

C.N : Au vu de ce que vous disiez en début d’interview, je suis intrigué de savoir une chose. Comment sont accueillis à l’étranger les traditions italiques de couteaux ?
D.R.L.C : Très bien je dirais, les gens sont très réceptifs. Beaucoup d’entre eux sont des émigrés italiens ou fils d’immigrés, ils ont la volonté de conserver ces aspects de leur culture d’origine. Au même moment, il y a une grande reconnaissance parce que nous parlons de traditions historiques existantes et bien définies. Par exemple, tous parlent de Kali Philippin en sachant qu’il est issu en grande partie de traditions européennes d’escrime espagnole, française et italienne en particulier.
Nous disons donc que nous italiens avons conquis avec Rome la moitié de l’Europe, nous avons donné départ à tous en donnant beaucoup de moyens aux autres pour pouvoir s’enrichir grâce à nous. Nous devrions le souligner plus souvent, comme le fait que les arts martiaux sont donc également italiens et pas seulement orientaux.

C.N : Je vous remercie de nous avoir accordé un peu de votre temps. Vous avez quelque chose à rajouter pour nos lecteurs ?
D.R.L.C : Certainement. Essayons de donner encore plus le bon exemple nous italiens, étudions plus l’éducation civique et faisons plus pour préserver et aimer notre pays, notre culture et nos arts. Ne permettons pas aux autres de venir chez nous et nous traiter comme des « imbéciles », excusez-moi du terme !
Ca a été un plaisir d’échanger avec vous Ceinture Noire/Marziale Network et je vous tire mon chapeau pour le dévouement et le professionnalisme dont vous avez fait preuve de par votre travail. Merci beaucoup !10486304_1494671914083233_7527151187915840760_n10410803_1494672170749874_998787273261630582_n

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