La Sardaigne et ses couteaux

     Il y a tant de façons différentes d’aborder la Sardaigne. Je pourrais vous parler de ses spécialités gastronomiques, de ses diverses exploitations minières depuis l’ère prénuragiques ou de ses innombrables vestiges de sites archéologiques. Je pourrais aussi vous faire un diaporama de ses immanquables plages qui font la joie des professionnels du tourisme et vacanciers en quête du bronzage parfait. Mais non, je vais rester dans ce que je « connais » le mieux.

Avant d’aller plus loin,  je ne peux m’empêcher toutefois  de vous parler du fameux « caviar sarde » (appelé bottarga en VO) qui a été une belle découverte culinaire pour moi. Ces poches d’œufs de mulet salées et séchées au soleil sauront apporter cette fine touche marine à vos plats. Oui je sais, j’aurais pu aller à Martigues pour vous en parler mais honnêtement, ça fait moins rêver non ?

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     Bon alors on reprend. Vous ne le saviez peut-être pas mais la Sardaigne est également très réputée pour ses couteaux ; je ne pouvais donc passer à côté et manquer ainsi l’occasion de vous en parler en quelques lignes. Elle a su hisser certains de ses modèles au rang de véritables œuvres d’art grâce au savoir-faire de ses artisans couteliers. Les couteaux s’exportent d’ailleurs très bien dans le monde pour orner les écrins des collectionneurs les plus aisés. C’est une île minière et métallurgique, l’élevage y est très répandu, la matière première y est donc abondante. Les manches sont les plus souvent réalisés en corne de bélier/mouflon/buffle, si c’est le bois qui est choisi, on a recourt au bois de myrte/arbousier/genévrier. Quant à la lame, c’est soit de l’acier 440C, ATS34, du damas artisanal (magnifique!!!) ou inox. Pour l’anneau c’est en étain ou en alpacca (amalgame cuivre/zinc/nickel).

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Matière première brute pour les manches.

A ce sujet, je vous emmène donc découvrir le seul musée dédié aux couteaux sur l’île, il se trouve à Arbus dans la province du Media Campidano.

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Il est tenu par le non moins célèbre artisan coutelier de l’île, Paolo Pusceddu*. Il fut l’auteur du couteau le plus grand au monde dans les années 2000. Il a été dépassé plusieurs fois depuis. Par la suite il a fabriqué le couteau le plus lourd : 295kg sur la balance. Je pose à côté sur la photo qui orne l’article. Une belle bête (non pas moi, le couteau !)

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Voici le premier détenteur de record en compagnie  du mannequin en tenue traditionnelle.

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Il existe deux types de couteaux. Ceux à longues lames fixes appelés leppa, et les pliants resolza. Bon jusque là, rien de nouveau vous en conviendrez. C’est au niveau de la lame des pliants (a serramanico) que les couteaux sardes se différencient notablement. Egalement de deux sortes : en forme de feuille de laurier ou feuille de blé (foglia di lauro/grano).

C’est suivant les régions que les formes et les noms changent, se référant souvent aux villes où ils sont produits: Arburesa (spécialité de Paolo Pusceddu), PattadeseDorgaleseGuspinese,…

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Couteaux réalisés par Paolo Pusceddu. Notez les formes atypiques des lames.

 

     Pas de traces ici d’un quelconque couteau de duel. Les pliants ne possèdent pas de mécanisme de sécurité et l’on s’en sert pour le travail. Ce n’est pas une arme mais un outil, fidèle compagnon d’un labeur difficile. Bien entendu il n’est pas exclu que certains « outils » aient été utilisés à des fins moins honorables mais nous y reviendrons plus tard…

Pécheur, berger, chasseur, à chacun son modèle…

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     Différents modèles sont présentés, notez les couteaux sans pointes à droite (appelés mozzette), destinés aux mineurs afin qu’ils ne se blessent pas dans l’obscurité des profondeurs. Ce sont eux qui ont déclenché les premiers les mouvements de grève en Sardaigne afin de protester contre leur condition de travail.

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Ce couteau date du 19ème siècle.

 

     Concernant les armes à proprement parlé, le musée n’est pas en reste, on retrouve ces longues lames fixes aux manches qui rappellent aux extrémités une tête de rapace ou de félin, appelé leppa, ils étaient traditionnellement portés  à la ceinture.

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Des milliers d’années séparent les réalisations dans cette vitrine.

 

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Notez en haut à droite(12) une baïonnette française modèle 1805 pour fusil type « garde nationale ». L’autre étant une baïonnette pour fusil piémontais modèle 1750 inspirée du modèle anglais.

 

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Pour le plaisir, encore quelques photos pour vous donnez l’envie d’y aller si jamais vous passez par Arbus…

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     Pour finir, je vous présente ce couteau un peu particulier. Il n’a bien sûr pas une place dominante dans le musée, loin de là même. Il pourrait même passer inaperçu si toutefois Paolo Pusceddu n’avait pas tenu à me le présenter et me le mettre dans la main l’espace de quelques secondes. Il m’a ainsi avoué lorsque je lui parlais de mon travail et de mes recherches, avoir appartenu à un brigand sarde célèbre. Qu’elle ne fût pas ma surprise quand il m’annonça qu’avec celui-ci, pas moins de cinq personnes avaient rejoint l’autre monde…

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Voilà j’espère que ce petit tour virtuel vous aura plus, j’attends vos commentaires, et n’hésitez pas à partager cet article !

A bientôt pour la suite de mes aventures en terre italienne…

*Je tiens à ce propos à le remercier ainsi que son fils de m’avoir permis de prendre ces photos et ainsi me permettre d’écrire cet article.
www.museodelcoltello.it
coltello-arburesa.it

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