La via Francigena

J’ai envie aujourd’hui de sortir des sentiers battus et de présenter un nouveau sujet sans doute méconnu de la majorité d’entre vous. Encore un me direz-vous, il est vrai c’est un peu le principe de ce blog.

C’est par le fruit du hasard (auquel je ne crois pas) que l’inspiration m’est venue. Je me suis posé ensuite la question suivante : Pourquoi marche-t-on ?

Qu’est-ce qui pousse certains d’entre nous à un moment de leur vie de partir s’équiper au rayon rando de Décathlon, s’acheter un joli bâton (en tailler un trouvé sur le bord de la route c’est mieux) et parcourir des kilomètres jour après jour des ampoules plein les pieds ? Les mauvaises langues diront le masochisme mais pour ça, d’autres pratiques pourront mieux convenir à leurs besoins non ? L’Homme n’est pas à court d’imagination sur le sujet…

Il y a tant de raisons différentes de « tailler la route ». Le désir de faire une pause dans sa vie, de se retrouver (le fameux lâcher prise avec le quotidien), partager une aventure inoubliable, faire des rencontres de personnes qui partagent les mêmes motivations ? Une dévotion religieuse, chercher Dieu ? Raisons culturelles ou touristiques ? Ras le bol du Club Med ?

Il est rare aujourd’hui de s’offrir une parenthèse dans sa vie, peu de personnes parviennent à franchir le pas. Certains se cherchent éternellement des excuses, ne peuvent malheureusement pas (les factures n’attendent pas!), n’en éprouvent tout simplement pas le besoin ; d’autres a contrario tombent dans le mystique et changent radicalement de vie après une expérience bouleversante ou un événement marquant… Vous l’aurez compris, les raisons de ne pas oser au littéralement se lancer sont multiples.

Voyons un peu ce que raconte wikipédia lorsqu’on l’interroge sur ce qu’est un pèlerinage :

« Un pèlerinage (du latin peregrinus, « étranger ») est un voyage effectué par un croyant, le pèlerin, vers un lieu de dévotion, vers un endroit circonscrit tenu pour sacré selon sa religion car supposé contenir une communication directe avec une divinité grâce à une relique, un légendaire (récit d’apparitions, de miracles), une source, un arbre.

Le déplacement des hommes et des femmes, généralement à pied, vers des lieux où ils entrent en contact avec le sacré est une pratique qui apparaît dans de très nombreuses cultures jusqu’à nos jours, et est constaté dès Stonehenge en 2400 av J-C.  Le pèlerinage est un phénomène quasi universel de l’anthropologie religieuse. Le pèlerin rencontre le surnaturel en un lieu précis où il participe à une réalité autre que la réalité profane.

Sur une entité géopolitique comme le bassin méditerranéen, ce sont quatre « cultures-monde » liées aux identités religieuses chrétiennes (catholique et orthodoxe) judaïques et musulmanes qui constituent la base d’un fort flux de touristique dans cette région du monde. Mais au-delà du seul aspect économique, la circulation de personnes désintéressées, curieuses et animées d’un idéal crée des interactions propres à ouvrir et à renforcer en même temps l’identité des cultures concernées (sur les lieux d’origine, d’arrivée et de passage). Ces voyages hésitent ainsi souvent entre le pèlerinage stricto sensu et le tourisme religieux.

En 2016, le nombre annuel de pèlerins est estimé à 500 millions, dont 90 à 100 millions de chrétiens, les 80 % restants se partageant entre l’islam, le bouddhisme et surtout l’hindouisme: le Khumba Mela hindou avait réuni plus de 100 millions de personnes ».

 

Lorsque l’on parle de pèlerinage, il y a en un chez nous qui remporte la « coquille d’or » en terme de fréquentation. Celui de Saint-Jacques-de-Compostelle. Celui qui n’a pas quelqu’un dans son entourage qui n’a pas parcouru le camino francès, ou pire, n’en a jamais entendu parlé me jette la première pierre… Pas besoin de le présenter, des livres et des tonnes de reportages lui sont consacrés.

Il y en a un autre, moins connu et par conséquent moins fréquenté vérifie l’adage « Tous les chemins mènent à Rome ». Au Moyen Age, les marchands qui se dirigeaient vers les centres économiques de la plaine du Pô et vers les villes commerçantes transalpines empruntaient, tout comme les pèlerins qui se rendaient à la Cité Eternelle, un important réseau de voies de communication, reliant la Méditerranée au pays des Francs (la France de l’époque et le Sud de l’Allemagne), appelée Via Francigena.

Partant des Flandres, elle passait par la Champagne et la Franche-Comté, longeait le lac Léman jusqu’au barrage d’Agaune et remontait ensuite la vallée du Rhône puis la vallée d’Entremont pour franchir les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard. Elle traversait la Vallée d’Aoste en suivant le cours de l’Altanavaz et de la Doire Baltée.

 

Les contraintes liées à l’orographie (représentation cartographique du relief principalement montagneux) ont toujours conditionné le tracé de la voirie dans cette région (qu’il s’agisse de la route des Gaules construite par les Romains, de son tracé médiéval ou des variantes qui lui furent apportées au XVIIIe et XIXe siècle), à tel point que la route nationale n°26 de la Vallée d’Aoste ne fait que reprendre en grande partie l’ancien tracé.


J’aime bien prendre les poteaux en photo. Ici à Aoste.

 

 


Aux alentours de l’an mil, l’Archevêque Sigéric de Cantorbéry (Angleterre) effectua le trajet sur 80 étapes lors de son voyage retour depuis Rome. C’est ce que l’on appelle la « voie historique » et permet de mieux matérialiser le trajet. La parcours revient à faire environ 1700km à pied (ça use, ça use!). Toutefois, il serait trop restrictif de résumer la Via Francigena à son seul trajet car les itinéraires sont multiples (aujourd’hui, il est possible de les parcourir aussi à vélo).

 

Pèlerins en route vers Rome sur la Via Francigena (haut relief sculpté sur la cathédrale de Fidenza à la fin du XIIe siècle.

 

Elle a fait récemment l’objet d’étude et de réhabilitation, d’un balisage et d’une reconnaissance en 2004 par le Conseil de l’Europe comme « grand itinéraire du Conseil de l’Europe ». En Italie, il semblerait que le balisage jusqu’à Rome soit bien visible. En France, et après Rome, il est fortement conseillé d’avoir un bon guide de voyage et une carte routière pour se repérer. Des livres de témoignages sont régulièrement publiés et les cartes mises à jours chaque année. Impossible de se perdre dans ces conditions.

Il est même possible en partant de Rome de rejoindre le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Possible aussi de rejoindre les ports d’embarquement apuliens vers la Terre Sainte. En effet, à l’instar de Saint-jacques-de Compostelle, Rome n’était pas toujours le terminus (et oui!), ceux qui désiraient partir en croisade ou prier à Jérusalem poursuivaient la route et pouvaient donc traverser intégralement la « botte » (et prendre ce que l’on nomme aujourd’hui la Via Francigena del Sud). En voilà un beau moyen de traverser ses régions aussi variées que contrastées !

Quel rapport avec ce blog vous devez vous demander. Pour les plus curieux d’entre vous, ne vous inquiétez pas, j’ai pensé à vous !

Sachez que les chemins ne sont jamais tracés au hasard, le monde ancien ressurgit aujourd’hui pour celui qui sait voir. Notre bonne vieille Terre est parcourue de « lignes », les anciens l’ont perçu il y a fort longtemps. J’ai esquissé le sujet dans l’article consacré au Mont Saint-Michel. Les lieux de culte religieux sont superposés sur des lieux (énergétiques, spirituels…) érigés sur des points précis du Monde. En ce qui concerne la Via Francigena, il est possible de retracer dans les grandes lignes, l’itinéraire principal, à partir des hospices qui étaient implantés à des endroits stratégiques, tels que les cols et les bourgs, et en s’appuyant sur les vestiges des infrastructures et des édifices d’origine romaine et médiévale, notamment les églises paroissiales et des chapelles les plus anciennes.

En partant du Piémont, vous pouvez visiter l’abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse, passer bien entendu par Rome et finir par le sanctuaire de Monte Gargano (par la via Micaelica). Vous Vous y voyez plus clair ? Toujours pas ? Alors fouillez bien dans ce blog car les articles sont « connectés » 😉

Enfin, parler de l’Italie sans mentionner la Sicile ne me fera pas avoir que des amis. L’île aux mille visages n’est pas en reste et possède également son réseau de routes et chemins qui relient les ports principaux. Le tracé longtemps oublié a été relancé en Juin 2017, découvrir l’intérieur des terres en 8 étapes de 20-25 km chacune est tout à fait possible à présent.

 

 

 

 


J’espère vous avoir donné envie de préparer votre sac à dos, j’attends vos photos de voyage !

 

Une autre façon de découvrir l’Italie et ses trésors cachés s’offre à nous, un grand merci à celles et ceux qui mettent  tout en œuvre pour cela.

@ bientôt

 

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Via_Francigena
www.magnaviafrancigena.it/
http://viefrancigene.org/fr/
http://www.pelerin.com/Pelerinages/La-Via-Francigena

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