Les couteaux de duel

Je vais tâcher ici de vous présenter les principaux couteaux italiens de duel.  Qu’ils soient d’amour, d’honneur ou initiatique (au sein des sociétés secrètes), ces fameux duels « rustiques » ont fait couler beaucoup de sang  pendant des siècles. On les nomme ainsi pour les différencier des duels nobles où l’on avait recours aux armes longues. Le couteau est ainsi appelé la spada del popolo (l’épée du peuple), nous verrons qu’ils possèdent pratiquement les mêmes caractéristiques peu importe la région ou la période durant  laquelle ils sont utilisés. Très fins, il possèdent  une lame très effilée et ont une longueur importante, certains exemplaires retrouvés atteignent les 70cm !

Je tiens à remercier Gian Claudio Pagani de m’avoir autorisé à utiliser les photos des couteaux qu’il fabrique. Un artisan de talent qui s’est spécialisé dans la reproduction de couteaux historiques de la période allant de 1700 à 1900.

Merci beaucoup à Daniele Moretto, spécialisé dans la fabrication de couteaux « alla romana » qui m’autorise également à diffuser les photos de ses oeuvres.

La majorité de couteaux présente un système de blocage a tre scrocchi. Typique des couteaux de duels, il permettent une sécurité de maintien en position ouverte optimale et sont reconnaissables au bruit qu’ils font lors de l’ouverture. Les plus répandus sont à trois « scrocchi » (sorte de crans) mais il en existe de 1 à 5. Ils servent également d’avertissement pour celui qui se tient en face. Il suffit d’ouvrir progressivement le couteau pour entendre les crans, il y a alors encore possibilité de passer son chemin. Au dernier cran et la lame déployée, reculer n’est plus une option.

Les couteaux piémontais
Commençons tout d’abord avec le Nord de l’Italie. La mala piemontese (la pègre piémontaise) fait partie intégrante de l’Histoire du Piémont et de Turin. Souvent occultée par les historiens officiels, elle est donc moins connue du grand public que les sociétés criminelles méridionales. Toutefois, elle n’en était pas moins redoutable pour autant. Elle aussi avait ses codes et son propre langage. Ses représentants sont entrés dans la légende, on pense notamment à la bande Cavallero, certainement la plus cruelle de toutes dans la région.

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Le premier est une reproduction d’un couteau datant de la fin du 18ème siècle alors que le second est une reproduction d’un couteau de la moitié du 19ème siècle.

Il semblerait que la « vendetta corse »  tire son origine de ces couteaux piémontais.  Vous noterez le même décroché au niveau de la mître afin que les doigts ne glissent pas sur la lame au moment du coup d’estoc.

Les couteaux « alla romana »
Lorsque l’on parle de Rome, on pense aux fameux Bulli, des excentriques suscitant l’engouement, forts, arrogants, violents, irritables, frimeurs et grands buveurs, protecteurs des pauvres et des opprimés. Ils incarnèrent l’âme de la ville au 19ème siècle et étaient organisés en factions. Leurs noms faisaient référence aux différentes zones de la ville comme Monticiani, Trasteverini, Borghigiani… dans le but de défendre les victimes de la criminalité en vigueur. Le plus connu d’entre tous fut Romeo Ottaviani, dit Er Tinèa. (L’image que j’ai utilisé pour illustrer cet article provient du film Er più – Storia d’amore e di coltello, inspiré de la vie du Bullo di Trastevere).

Reproductions de couteaux du 19ème siècle.

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Voici un modèle original

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Les couteaux napolitains
Voici un petit aperçu de ce qui se faisait en Campanie, au milieu du 19ème siècle.  Le premier est appelé ò zompafuosso qui est le couteau de duel (zumpata en napolitain). La zumpata était un duel rustique, appelé également dichiaramento (à la différence de la tirata qui est aussi une forme de duel mais cette fois entre membres de la Camorra. On y avait recours soit pour y être accepté, soit pour évoluer dans la hiérarchie).
Ses affiliés cherchaient à imiter le noble protocole chevaleresque. Eux aussi utilisaient le couteau et non l’épée pour prouver leurs valeurs lors de cette rencontre.

Il leur fallait posséder une véritable connaissance de l’escrime et des qualités physiques au dessus de la moyenne. Avoir une rapidité extrême dans les mouvements, une légèreté de ballerine et un œil sûr leur demandaient de longues années d’entrainement. Il devenaient ainsi de véritables chats, prêts à bondir sur leurs adversaires. La zumpata est similaire à un ballet, les deux protagonistes étaient maigres et petits, ramassés sur eux-mêmes, offrant ainsi le moins de cibles à atteindre. Ils se tournaient autour en sautillant (zumpare en napolitain) tout en s’épiant de près. L’attaque devait être rapide comme l’éclair, tel le bond d’un chat.

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Le dernier couteau présenté se nomme Sfarziglia, vous noterez le design du manche qui facilite la prise en main. Les longueurs varient, entre 30 et plus de 60 cm ouverts. Celui-ci fait 61cm.

Couteau Calabrais
Reproduction d’un couteau, milieu 19ème siècle. Longueur 36cm. Le système de blocage est à un seul « scrocco ».

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Les couteaux siciliens
Nous arrivons en Sicile, berceau de la tradition italienne du couteau, il est donc normal que nous trouvions un très large choix de modèles. En voici quelques très beaux exemples.

Le système de blocage pour ces couteaux-ci est a scrocchi.

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Celui-ci se verrouille grâce à une virole.

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Passons maintenant aux couteaux a pompa alla siciliana.

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Nous voyons ici le petit levier à abaisser afin de débloquer la lame. Tous ces couteaux font en moyenne une quarantaine de centimètres. Le dernier présenté quant à lui atteint 55cm.

Voici de magnifiques couteaux génois qui ont inspiré le stylet corse à un seul tranchant. Parler de « tranchant » ici est une formule un peu maladroite car avec une telle arme, rappelons-le, c’est  uniquement le coup d’estoc qui est recherché. Premiers couteaux présentés ici à lame fixe, les autres étant tous des pliants (serramanico en italien). La longueur varie entre 30 et 40 cm.

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Leurs formes caractéristiques furent exportées en Amérique du Sud, en fait les couteaux que portent les gauchos argentins (peuple de gardiens de troupeaux de la pampa) dans le dos où à la ceinture sont pratiquement identiques.

Le Molisano
Dans le panorama des couteaux italiens, une place de choix revient au molisano. Le système de fermeture avec ses petits leviers latéraux (que l’on rencontre sur certains couteaux siciliens) s’unit aux riches décorations reprises successivement sur les navajas espagnoles. Ce modèle, ouvert mesure 40.5cm.

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Ce modèle-ci possède une lame chantournée.
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Les saracche romagnole
Ils étaient principalement utilisés dans un contexte agro-pastoral de la région d’Émilie-Romagne pour les divers travaux qui rythmaient les longues journées de labeur. Toutefois ils ont aussi été fréquemment mêlés à des histoires de crimes de sang, d’amour ou politique. Ils pouvaient être planqués sous les tables dans les bistrots lors de certaines parties de cartes nocturnes. Gare à celui qui trichait. Disons que dans les osterie italiennes, ça ne manquait pas d’animation entre bagarres et duels !

Ils dérivent du couteau « alla romana », nés comme armes de duel à une époque où le couteau était interdit.

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Le San Potito
Le « prince » des couteaux parmi les « romagnole » est le San Potito. Il prend le nom d’un petit bourg près de Lugo (province de Ravenne) où l’on a fabriqué des couteaux depuis 1700 jusqu’aux années 60.

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Si vous avez aimé les magnifiques reproductions de Gian Claudio, vous trouverez ici davantage de photos des modèles présentés.

Un lien  vers des  couteaux italiens appartenant à des collectionneurs. Il n’y a pas que des couteaux de duels mais ceux-là sont d’origine cette fois.

Vous savez à présent ce que pouvaient être les différents couteaux de duels italiens, bien entendu la liste n’est pas exhaustive car ce n’est pas un article qu’il m’aurait fallu écrire mais un livre. Je ne l’ai pas saturé d’informations afin de le rendre le plus clair possible. J’espère qu’il vous aura plus, n’hésitez pas à laisser des commentaires. Si vous avez des questions particulières (techniques, matériaux utilisés, prix…) auxquelles je ne peux vous répondre,  je me chargerai de les poser à Gian Claudio ou à Daniele directement.

Merci et @ bientôt !!!!

2 thoughts on “Les couteaux de duel

    1. Merci beaucoup. Les artisans se font rares malheureusement mais ceux là sont de vrais passionnés. C’est avec grand plaisir qu’à mon petit niveau je les mets en avant ici.
      L’antiquaire de Nice n’est plus ? C’est bien dommage, j’y aurai volontiers fait une petit virée.

      Cordialement
      Laurent

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