Les outils de « chez nous »

     Il arrive qu’on me demande ce que je pense de tel ou tel couteau. Je suis un peu embêté pour répondre car comme vous le savez, les goûts et les couleurs… Nous avons toutefois dans notre système des impératifs auxquels nous ne pouvons déroger. On ne le comprend pas tout de suite, et ce n’est qu’après quelques mois de pratique assidue que l’on commence à comprendre certaines petites choses et avoir certains « besoins ». La relation étroite que l’on a avec son « outil » ne s’acquiert qu’au fil du temps. Les rapports humains sont les mêmes. On se rencontre, on se découvre, on apprend à se connaître… Parfois ça dure, parfois l’un est trahit, on se dit « oui » pour la vie, on se boude,  on se quitte brutalement, on se perd de vue… C’est beau non ? c’est de moi ! 🙂

Bon,  je vous vois déjà vous dire : « Ce mec est taré, il prend son couteau pour sa femme ou son meilleur ami ! »

Pas grave car vous avez certainement raison mais je sais que certains d’entre vous comprendront l’analogie. Les autres, continuez de vous entraîner 😉

Ca fait parti des raisons pour lesquelles je ne donne généralement pas de réponses catégoriques sur le modèle que l’on soumet à mon sens critique. Je préfère que les gens s’entrainent et que d’eux mêmes ressentent ces choses-là. C’est comme ça que je suis formé et c’est ainsi que je veux le restituer. Après, bien évidemment je donne les grandes lignes, ça évite de dépenser inutilement de l’argent dans des lames peu pratiques à notre système mais pour le reste… Apprendre de ses mauvais choix c’est formateur, j’en fais moi-même l’expérience régulièrement.

Je remarque qu’une arme en particulier est l’objet de fantasme quant à son efficacité et revient souvent sur le devant de la scène, c’est le fameux karambit du sud-est asiatique.  Pour ceux et celles qui se demandent ce que c’est, je vous l’explique par l’image.
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 modèles traditionnels
Il existe des tas de modèles différents. D’apparence plutôt proche, il est vrai qu’à quelques détails près, ça peut faire toute la différence au niveau efficacité. D’ailleurs, on m’en a déjà fait la démonstration. Plus ou moins courbes, avec ou sans « options », pliants ou non, les modèles industriels modernes innovent sans cesse on dirait. A quand le modèle décapsuleur ?
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modèles industriels : fixe et pliant à verrouillage type liner-lock
     Je vais écrire ici ce que j’en pense, ça m’évitera de réécrire les mêmes choses à chaque fois qu’on me pose la question. Je n’ai aucune affinité particulière avec cette arme. Je comprend son potentiel dévastateur mais cette objet exotique ne me correspond pas.  J’y vois trop souvent associé un travail trop complexe et technique auquel je suis devenu avec le temps carrément…hermétique. Toujours pour les mêmes raisons et j’y reviens souvent pour ceux qui me connaissent ; selon moi les principes de l’Escrime ne sont pas respectés. Je sais , je suis maniaco-obturo-obsessionnel sur ce point là mais que voulez-vous, quand on a des convictions…
Et non je ne me me soigne pas pour en sortir !

 

Ainsi, on s’aperçoit encore une fois qu’au quatre coins du globe,  on a eu au travers de l’Histoire à un certain moment, plus ou moins les mêmes besoins et les idées se sont rejointes sans aucune forme de concertation. Il est donc normal de retrouver des similitudes malgré les milliers de kilomètres qui séparent les peuples. Nous aussi on possédons notre outil/arme karambit.

Demandons au capo ce qu’il en pense :

     J’aime les réponses simples. A un problème donné, la réponse doit être directe et simple. En ce sens, le petit fascicule que Mirco Ulandi m’a envoyé correspond plus à ma conception de la « protection personnelle ». On trouve dans l’arte italiana del combattimento individuale, un travail avec cordelette et serpette. Voilà mon karambit à moi : la roncola ou britola  ! Outil agricole qui peut être utilisé pour se défendre, plus facile à expliquer dans la poche qu’un « tactique » (oui je sais y’a pas de champ en plein centre-ville !) je me sens personnellement plus en adéquation avec cette arme rustique de chez nous si toutefois je voulais une lame courbe. (Bien entendu, le fascicule est à lire et à étudier avec une certaine distance, rien ne remplace le véritable enseignement, que ce soit bien clair entre nous).

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Du travail basique assez similaire à ce que l’on peut trouver au couteau mais avec quelques modifications intéressantes apportées de par sa forme de lame spécifique. Mais surtout simple et direct. Trop de complexité dans des enchaînements à deux irréalistes sont montrés aujourd’hui à mon sens. Après je le répète aussi très souvent, l’essentiel est de prendre plaisir, les objectifs de chacun sont variés, il y a assez de choix pour que chacun y trouve son compte. MAIS (car il y a toujours un mais) attention d’être bien clair avec soi-même et autrui !
Ah j’oubliais, si toutefois vous tenez absolument à posséder une arme à anneaux, les zingeri ont la solution à votre problème. Experts dans leur maniement, les ciseaux font partie de la tradition italienne au même titre que le bâton, le couteau ou le rasoir coupe-chou.
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Ce qui m’emmène directement à vous parler d’un petit livre qui sans prétention, offre une vision claire sur la relation étroite entre outil agricole et arme de guerre/de défense. (et hop, une belle petite transition de derrière les fagots ! oui je sais c’est un article… « rural »)

     D’une soixantaine de pages uniquement, l’arte italiana del combattimento individuale  offre tout de même quelques détails sur la technique de forge, des croquis et des dessins sur divers modèles d’outils et leur évolution en arme et vice versa dans le Nord de l’Italie mais aussi ailleurs dans le monde. C’est un livre qui incite à la curiosité et à la réflexion car il est trop peu épais pour être exhaustif, on est loin de l’encyclopédie. La roncola y est évoquée bien entendue mais également la beidana vaudoise. Si vous ne connaissez pas, un chapitre y est consacré dans le livre « Sur le fil de la Lame ».
La deuxième partie du livre quant à elle propose quelques photos du musée ethnographique « c’era una volta » qui se trouve à Alessandria, dans le Piémont et qui décrit des scènes de vie de la région au début du siècle dernier.

 

Merci Mirco pour ces livres, si des personnes sont intéressées pour en savoir d’avantage ou ont des questions n’hésitez pas !
@ bientôt

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