Réflexions d’un maître d’armes…


… et pas n’importe duquel puisque je partage avec vous les réflexions martiales de Maestro Giovanni Rapisardi. Si vous lisez attentivement ce blog, il vous semblera déjà le connaître mais afin d’en savoir un peu plus sur lui et de ce qu’il pense, je vous propose la traduction de ses derniers textes. C’est une personne pour qui j’ai une haute estime. Il m’est de sages et précieux conseils pour ma pratique. Cela ne lui rendra pas hommage d’étaler son curriculum vitae ici car un la qualité homme ne se résume pas simplement à une série de titres et de diplômes (que vous trouverez très certainement en cherchant sur la toile). Je me contenterai pour ma part de le définir comme le philosophe escrimeur par excellence.

Attachez vos ceintures, c’est parti !

Contrairement aux autres espèces animales dotées d’armes naturelles telles que crocs, griffes, aiguillons, cornes, glandes venimeuses, vision nocturne, odorat sélectif ou peau dure servant de cuirasse, l’homme possède au mieux des extrémités pouvant se transformer en armes de percussions à puissance limitée, des dents et des ongles n’ayant que peu à voir avec des crocs et des griffes et une peau possédant une faible résistance.

Les vraies armes de l’homme sont son intelligence et le pouce opposable, nécessaire afin de créer et d’utiliser en pratique ce que son esprit projette en théorie.

Dans le Théâtre de la Création, l’homme est le personnage de stature modeste et d’aspect insignifiant qui compense le manque de charme et les frustrations qui en découlent avec une passion obsessionnelle pour les nouvelles technologies.

L’homme est “l’intello coincé” des espèces animales.

Le combattant humain ultime n’est par conséquent pas nu comme le lion, l’aigle ou le serpent mais il est armé et équipé car c’est grâce à son intelligence qu’il a confectionné des instruments offensifs et défensifs meilleurs que ceux créés par la Nature et surtout il a développé des techniques et des méthodes rationnelles pour utiliser autant son corps que les instruments qu’il a lui-même créés sachant tirer au mieux tout leurs potentiels.

Voilà pourquoi le combat armé est beaucoup plus cohérent avec les caractéristiques naturelles de l’homme par rapport à celui non armé.

Le combat non armé prévoit trois champs d’application pratique :

Le premier est la partie sportive, c’est-à-dire l’étude du combat à des fins ludiques et/ou culturelles. On pourra palabrer des heures sur les concepts de “sport” ou d’ “art martial” mais si la pratique est sert à utiliser son temps libre, au bien-être psychologique, à la participation aux compétitions réglementées et surtout au maniement des armes anachroniques, désuètes ou carrément inexistantes, plus utilisées ou impossibles à utiliser en cas de vrais combats (avec des morts et des blessés), voilà que le combat armé est une simple activité sportive.

A quoi cela sert-il en pratique de savoir combattre à l’épée, de chaque sorte ou de chaque époque si ce n’est pas pour se divertir, pour se maintenir en forme ou de prendre part à des compétitions ? Combien de fois de nos jours ces armes sont utilisées afin de se défendre ou d’attaquer dans des contextes civils ou militaires (on ne parlera de chroniques sporadiques à la sauce “Highlander” qui touchent plus au domaine du pathétique que du tragique).

Lorsque cependant on emploie des armes ou des simulacres d’armes qui ont une réponse efficace dans la réalité, voilà que l’activité sportive retrouve un sens plus pratique. On se souviendra que l’épée et le sabre étaient enseignés jusqu’au début du siècle dernier pour d’abord se battre en duel, aller à la guerre et se défendre dans la rue et seulement en deuxième lieu pour marquer des points et gagner des compétitions.

Une passe d’arme avec le grand expert du combat à l’arme courte en contextes civils et militaires, mon frère d’âme, M. Danilo Rossi Lajolo di Cossano.

 

Le second champ d’application pratique est l’artistique, c’est-à-dire l’étude des chorégraphies de combat pour le théâtre ou le cinéma. Il est utile de préciser que dans l’environnement artistique ce n’est pas “l’un contre l’autre” mais c’est avec un groupe de travail que l’on doit construire l’illusion du combat, esthétiquement parfaite, d’après le contexte à reproduire. Le maitre d’armes doit fournir les armes de scène, étudier et écrire les actions techniques du combat, préparer les acteurs qui souvent ne sont pas eux-mêmes des combattants aguerris, coordonner les éventuelles doublures, collaborer avec les cadreurs et les décorateurs mais surtout suivre les demandes du metteur en scène, le tout en travaillant en totale sécurité.

Il ne suffit pas d’être un entraîneur sportif d’escrime ou d’un quelconque autre art martial pour effectuer ce travail mais il faut obligatoirement passer par un parcours spécifique de formation et posséder une sensibilité artistique et culturelle.

Le dernier champs d’application concerne la partie opérationnelle qui consiste à utiliser de véritables armes dans divers contextes de combat civils ou militaires.

C’est l’environnement originel, la gestion caractéristique du métier de militaire et du maitre d’armes, de toutes les époques et de toutes les provenances. Le secteur opérationnel est celui qui nécessite des mises à jours fréquentes et précises car s’il est vrai que les hommes s’entretuent depuis la nuit des temps, ils le font avec des instruments et des moyens originaux. Pour ce faire, soit ils recyclent des anciens soit ils en inventent des nouveaux.

De nos jours, le secteur opérationnel est relatif, dans le contexte civil, à des scénarii individuels ou collectifs d’agression armée (homicide, lésion, enlèvement, viol, émeute, etc…) et dans le contexte militaire à des scénarii d’affrontements avec des forces hostiles en zones de guerre. Les armes actuelles de combat armé sont assurément les armes à feu mais également les armes courtes, contondantes et de jet : en attendant les sabres lasers, les véritables épées restent accrochées au mur. Les règles d’affrontement ? Variables et non nécessairement respectées par tous les partis en cause (ex : un policier est sujet assujetti à des règles précises d’affrontement, un criminel par définition lui ne l’est pas).

Les scénarii réels ne sont ni du sport ni du cinéma, ils ne suivent pas les mêmes dynamiques et il ne suffit pas d’être un expert en arts martiaux ou en film d’action pour savoir travailler dans ce contexte. Il est toutefois nécessaire d’entreprendre un parcours de formation correct sous la houlette d’enseignants aguérris et qualifiés.
Ca rendra peut-être triste ou bouleversera certains mais dans la réalité, la technique de combat (c’est-à-dire les mouvements qui mettent l’adversaire hors d’état de nuire) vaut 10% alors que les 90% restants est l’analyse stratégico-tactique, l’art de la guerre à l’état pur.  Le véritable expert du combat armé, comme un vrai stratège doit savoir anticiper l’affrontement non désiré et planifier celui voulu en se trouvant en condition de nette supériorité sur l’adversaire en termes d’espace, de temps, de nombre, d’équipement et de conditions physique, psychique et technique. Il y a aussi le cas où l’imprévu, comme un lancer de dé qui ne peut contrarier le joueur d’échecs, ou plutôt le joueur de Risiko (le jeu de société “Risk” en français), mais le bon stratège doit savoir aussi le gérer avec un minimum de pertes.

Je conclurai par une affirmation qui ne fera pas plaisir à entendre : une agression de quelque nature qu’elle soit est toujours due à une erreur de jugement stratégico-tactique de l’agressé, due à une négligence, une imprudence ou une maladresse. Il ne sert d’invoquer à certains ses propres droits et ses propres libertés civiles constitutionnellement garanties car l’on ne peut discuter de civilité avec des animaux féroces dans la jungle.

Il n’y a pas de bêtes plus féroces que l’homme et chaque ville qu’il a construite, même la plus belle et la plus parfaite possède son coin de jungle

Voilà ce ne sera certainement pas les derniers textes que je vous livrerai de Maestro Giovanni, vous l’aurez compris, il a des choses à dire et non des moindres. Je sais que parmi vous certains se retrouveront dans ses propos, les uns car ils suivent nos enseignements et sont habitués à nos propos, les autres car ils ont choisi de ne pas vivre dans un monde illusoire et possèdent une véritable expérience du terrain. Pour les autres, il n’est pas trop tard pour se réveiller…

Laisser un commentaire