Retour de voyage et bilan

Varèse sera encore pour moi cette année ma dernière destination “martiale” où j’ai pris grand plaisir à retrouver une partie de la squadra de Remigio. Maestro Irmino nous a une fois de plus fait l’honneur de sa présence et nous avons ainsi tous pu continuer le programme instructeur de son école. On revient toujours aux bases, c’est long mais justement plus c’est long… moins on fait comme les autres et ça c’est bien ! Avec la Tradition, on ne distribue et on n’achète rien. On avance à petit pas et on construit lentement mais sûrement. C’est ainsi que l’on devient humble. Et surtout que dans cet univers, il en faut pour ne pas être tenté de briller.

Certains ont fait une sacré route, encore bien plus loin que votre serviteur car il y avait aussi des russes et des lettons. Encore moins la porte à côté vous me direz. Vous savez placer la Lettonie sur une carte vous ?  Comme quoi, avec beaucoup d’intérêt et une bonne dose de volonté, les distances se réduisent. La Calix Switzerland était également de la partie, une vraie découverte et beaucoup de plaisir pour eux pendant ces deux jours. C’était vraiment bien de retrouver donc John et Caro afin de faire un peu le point sur nos actualités et nos expériences  acquises depuis ces quelques années où nous évoluons en parallèle dans un monde “assez spécial” dirais-je afin d’être correct. Une fois de plus, les écoles et leurs représentants respectifs viennent en toute humilité apprendre et échanger ensemble sans querelles intestines. C’est ça l’image que je souhaite mettre en avant. On vient, on ouvre grand ses yeux et ses oreilles et on rentre à la maison. Simple isn’t it ?

Deux jours donc où bâtons et couteaux sont passés entre nos mains, outils indispensables à la Tradition d’escrime de Syracuse dignement représentée par son chef de file qui bien qu’approchant les 80 printemps, est toujours vif et endurant. Surtout qu’il revenait à peine de Bulgarie pour un stage et qu’il n’était pas rentré chez lui depuis. Une vie qui n’est pas de tout repos non plus pour celui qui semble poussé par la même énergie que celle qu’il a pu avoir tout jeune. Il n’y a pas que le froid qui conserve apparemment, il y aussi la flamme de la passion !

Il a été encore très disponible et comme à son habitude bienveillant envers ses stagiaires. Il a su donner suffisamment de conseils et de corrections afin que chacun d’entre nous puisse repartir -avec son niveau d’avancement- chez lui pour pouvoir continuer de travailler ce qui a été vu ces deux jours. Rendez-vous en 2020 pour la suite de ce  parcours toujours aussi fascinant.

La Tradition étant avant tout orale, je suis ravi de constater que certains essaient de la fixer également par écrit afin de garder une trace. Danilo en a été le précurseur, d’autres maestri d’armi à présent donnent aussi leurs visions et partagent leurs histoires. Ca ne fera qu’enrichir et faire connaître au mieux l’Histoire des pratiques italiennes d’armes de défense.

Tout cela m’amène à faire un point sur la pratique du couteau en France. Je pense à présent avoir assez de recul pour pouvoir en parler. En ce qui concerne notre école – l’Académie Calix – après deux séminaires publics avec Danilo, une formation instructeur est enfin lancée depuis cette année dans le 91 chez notre ami Jim du Gorilla Systema. Bonne chance à eux pour cette aventure si particulière, en espérant qu’elle leur apporte autant que ce qu’elle m’a personnellement apporté. Seul l’avenir le dira toutefois. L’un des objectifs que je m’étais fixé est atteint : faire connaître, implanter et voir germer. Maintenant, à chacun de s’y plonger et d’aborder cette aventure avec tout le sérieux et l’implication souhaités. C’est un monde dont on ne soupçonne pas la richesse, à chacun d’ouvrir les yeux et d’en prendre tranquillement conscience. Celui qui n’est pas fait pour cet univers s’en apercevra rapidement. Par expérience, je sais de quoi je parle.

Je m’aperçois qu’en France il y a une sorte de tabou ou de gêne autour du couteau. La faute sans doute à l’image négative à laquelle elle est associée. Pendant de longues décennies beaucoup de professeurs d’arts martiaux et d’auto-défense même si très compétents dans leurs disciplines, ont véhiculé le fantasme de la défense à mains nues, petit à petit on y revient. Changement d’époque oblige ! Je ne reprocherai jamais rien à ceux qui font leurs cours en essayant au mieux de se conformer à la légitime défense (art. 122-5 du code pénal), bravo à eux. Par contre ce n’est pas le cas de tous, il y a trop aujourd’hui de styles fantaisistes issus du monde du cinéma ou du mythe exotico-para-militaire. Ajoutez à cela une loi française très stricte sur le port des armes (que les loups ne respectent pas) et vous aurez les principaux ingrédients d’une soupe moderno-vomito-mytho-poudrozieux (je fais ce que je veux avec l’orthographe) que je refuse d’avaler.

Finalement ce n’est pas grave car je n’ai jamais eu l’intention non plus de détourner les disciplines que j’apprends et voir débarquer les cas-sociaux français. Nous n’avons pas refusé de participer au festival des arts martiaux annuel de Paris proposé par Karaté Bushido pour rien… Une belle couverture hexagonale avec très certainement une présence dans les magazines laissées volontairement “aux autres”. Nous ne souhaitons pas être impliqués là-dedans.

Je poursuis inlassablement mon action qui est de porter les Traditions italiennes à la connaissance du plus grand nombre car les gens sérieux, les traditions, les écoles ne manquent pas là-bas. Lorsque je vois malheureusement les experts actuels toujours plus nombreux fleurir d’un peu partout, je me dis que la botte doit retrouver sa place de nation phare. Vous y voyez du chauvinisme basique ? Moi j’y vois de l’honnêteté intellectuelle opposée au marketing primaire. L’escrime a été, elle doit donc redevenir !

Il suffit de prendre 5 minutes pour se poser les bonne questions. J’ai découvert personnellement les pratiques italiennes et décidé de m’y consacrer à un moment de ma vie où il me fallait me relancer, me remotiver à pratiquer. J’éprouvais également le besoin de me rapprocher des traditions de mes racines. L’Europe ne s’est pas construite en jouant aux dés, les défis et les épreuves que les peuples ont affronté ont immanquablement laissé des traces. Pourquoi vouloir absolument chercher les réponses à mes questions chez un peuple qui m’est étranger. Cette fascination pour le lointain c’est bien, c’est beau mais chez nous, qu’y trouve-t-on ? Voilà en gros mon cheminement intellectuel de départ.

Il y a tant d’autres raisons de pratiquer. Par exemple, le besoin de se défendre. Les journaux et autres chaînes d’infos en continue (culte du sensationnalisme) nous matraquent en permanence et poussent indirectement son audience à vivre dans la peur. Menons-nous une vie si risquée ou vivons-nous dans l’illusion d’y être. Vous avez souvent un 9mm braqué sur la tempe ? Vous sentez régulièrement le froid de la lame sur votre gorge à la nuit tombée ? Vous pratiquez donc dans cette optique du jour J ? Et le jour où cela vous arrive, pensez-vous être réellement capable de reproduire les gestes appris dans votre salle de fitness que vous fréquentez 2 fois par semaine ?

Je n’essaie pas d’être un vieux moralisateur donneur de leçon, (après tout, qui suis-je pour endosser ce rôle ?) je veux juste vous donner à réfléchir sur vos motivations. Si elles sont sincères, vous ne vous accrocherez pas à ce que j’ai écrit. Si ça pique un peu tant mieux, cela signifie que j’ai visé juste.

Les objectifs de départ évoluent aussi parfois avec le temps. D’autres questions viennent au fil des années. Les certitudes tombent et le doute s’installe. Suis-je en phase avec ma pratique ? Ou tout simplement ai-je trouvé ce que je suis venu chercher ? Combien de pratiquants ayant atteint une position sociale toute relative (ah les grades!) ne changeront pas de discipline par peur de tout perdre même si l’actuelle ne leur convient plus ? Tout lâcher et repartir de zéro lorsque le besoin s’en fait sentir c’est beau, c’est faire preuve aussi d’une grande humilité. Qualité qui fait de plus en plus défaut dans cette société du paraître…

Il est important de se poser régulièrement ces questions car c’est la seule et unique façon d’avancer. Être parfaitement aligné et le principe même de l’Alchimie, la voie intérieure par excellence selon moi. Pas de passage de lumière si la matière résiste…

Mais tout cela a un coût. Financier certes mais ce n’est pas le plus important. L’argent, ça va ça vient. Le temps passé régulièrement loin des siens pour ces sacrifices ne se rattrape jamais. J’en profite donc ici pour les remercier du fond du cœur pour leur patience et leur compréhension. J’arrête là car ce n’est pas mon journal intime non plus cette chronique ! Donc oui, de nombreux voyages effectués depuis 2013, une Italie qui me paraît un peu moins étrangère à présent ( j’essaie tranquillement d’étudier sous un maximum de facettes cette grande nation historique qui malheureusement sombre à cause de ses élites et du mondialisme nauséabond mais qui tente de se construire un avenir avec ce qu’elle a. Elle n’est pas si différente de la nôtre en fin de compte) et de nombreux autres à venir. La route est longue et ne finit jamais je vous rappelle.

Tous ces sacrifices donc j’en entraperçois un retour gagnant maintenant. Les gens pour la plupart qui sont venus me voir à Marseille sont très intéressants, nous avons eu de très bons échanges, des français mais également des étrangers. Je dis pour la plupart car bien évidemment quelques énergumènes se sont présentés à moi mais la remise en question en mode “Lajolo” qui je leur ai réservé a fait qu’ils ont vite disparu. N’appelez pas la police, il en sont pas enterrés dans mon jardin, ils ne sont pas restés c’est tout. J’ai emmené une partie de mes fidèles élèves de l’autre côté des Alpes sentir et ressentir ce que vis depuis des années. Voilà la récompense, ma récompense. C’est un long travail, une longe voie d’artisanat sur laquelle je me suis engagé.

Travail, voie, artisanat,.. je m’inscris donc métaphoriquement dans la construction d’un pont. Un pont qui relie deux pays, deux cultures, deux Histoires pas si proches mais pas si éloignées non plus. L’objectif de fond n’a pas changé, bien au contraire…

À bientôt pour la suite…

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