Scherma Salentina

Cette article se trouve dans sa version originale sur www.italianmartialarts.org

Des danses et des couteaux

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 Dans le Sud des Pouilles, la « scherma salentina » (l’escrime du Salento) fait partie du style d’escrime de Brindisi/Lecce, probablement l’un des plus anciennes, enrichie et liée à la tradition de la « Pizzica » (ou danse des couteaux, également appelée danse des épées), une danse qui mime les mouvements de l’escrime. Cette école d’escrime et de danse est encore bien vivante et on la pratique toujours aujourd’hui. A Torrepaduli, lors des festivités de San Rocco, c’est un événement traditionnel et spirituel où se réunissent des Maîtres d’escrime pour se défier, parfois pour régler de vieux comptes et les limites entre jeu et duel sont parfois floues. Ces défis sont exécutés la plupart du temps dans la « Ronde » (les duels dansants sont encerclés par un cercle de personnes et de musiciens), suivant une hiérarchie et des codes spécifiques afin de cacher les secrets et les ruses des différents Maîtres, sans avoir recours à de véritables lames. Comme maîtres encore en vie on retrouve Leonardo Donadei (fils du grand Maître d’escrime et chevalier Don Raffaele Donadei), Flavio Olivares, Alfredo Barone et son fils Salvatore Barone. Leur plus ancien étudiant et préposé à représenter l’école est le chercheur Dr. Davide Monaco qui est le Maître qui dirige l’école semi-publique de Lecce.

 Cette ancienne forme d’escrime et d’art martiaux, née il y a plusieurs siècles n’est pas simple à réaliser d’un point de vue historique.  Le Salento a été durant des siècles une zone isolée, elle correspond à l’extrême Sud des Pouilles, au confins de l’Italie. une région divisée lors du Moyen-Age en différentes zones féodales, chacun d’elles possédant ses propres arts secrets et familiaux. En particulier, l’utilisation des couteaux à lames courtes et longues dans l’optique du combat et de la défense, portés ensemble comme des épées nobles. Un art complexe et élégant, transmis « filios filiorum » (de père en fils) durant des siècles, ainsi, il est maintenu intact au fil du temps.

Des documents datés du 19ème siècle indiquent les liens entre ces arts et l’Onorata Società (Société d’Honneur), qui plus tard dérivera vers des branches impopulaires tendant vers la criminalité.

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Publiquement ça se caractérise par des rassemblements de maîtres et de danseurs qui se défient dans un simulacre d’escrime au couteau, cachée dans une danse spéciale appelée « pazziata » qui mime un véritable combat. Le couteau reste caché, prêt à être utilisé si la danse ne suffit pas à décider du verdict du défi. Ces danses « Pizzica » se produisent à l’intérieur de cercles appelés « ronde » formés par les musiciens où au centre se trouvent les deux champions qui suivent un codes et des règles d’honneur précises. Il est intéressant de noter que « Pazziata » est l’un des noms employés pour définir la « Scherma Salentina » dans certaines régions du Salento. De façon similaire, dans le jargon utilisé par les criminels (malavita) de la région de Naples, en Campanie, « pazziaro » est le maître d’escrime, le seul et unique à pouvoir enseigner l’art du couteau.

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Cet Art est un monde complexe, fait de différentes couches cachées dans les soubassements d’une culture fondée sur des sentiments bizarres, des points de vue uniques et des codes d’honneur. C’est un Art strictement lié à des hiérarchies rigides remplies de merveilles et de trésors.

 Les armes englobent non seulement différentes formes de couteaux et de dagues mais également des cuillères, surtout aiguisées afin de devenir des armes létales, des bâtons et dans le passé, principalement des épées.

La danse dans l’Escrime du Salento

Torrepaduli, un petit hameau dans la commune de Ruffano. Une petite ville située dans le Sud de la région du Salento. C’est le seul endroit, pour autant que je sache, où encore aujourd’hui les gens se battent en dansant. Ca se trouve en face du temple et du sanctuaire de San Rocco (Saint Roch). En honneur de ce saint, la danse d’escrime ou la danse des couteaux (également appelée la danse des épées) est à la fois célébrée et pratiquée. On la connaît aussi comme « Pizzica scherma » car l’escrime est dansée sur le rythme de la fameuse « pizzica salentina ».

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La Pizzica scherma est une représentation de duel, gardant inchangé l’ancien schéma des combats féroces entre deux combattants (attaque-défense-contrattaque). Cette étrange pratique est maintenue vivante aujourd’hui grâce à l’héritage culturel d’un petit cercle fermé de personnes qui pratiquent la danse de duel, suivant les mêmes codes stricts basé  sur les mouvements. Un code enrichit de lois internes non écrites, d’interdictions et de symboles secrets, connus seulement du dernier dépositaire et des pratiquants.

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Les véritables experts de ces arts représentent une culture, celle où l’escrime a évolué, née en marge de la société ou sinon, on dira plutôt, qu’ils représentent une société marginale. Ils ont tous une histoire qui leur est propre, toujours récente et pertinente pour son époque, avec des étranges caractéristiques pédagogiques autorisées avec la capacité d’enseigner et de mener des investigations sur d’importants aspects, de cet Art comme de n’importe quelle âme, sur l’amitié, l’amour, la haine, la vengeance, la passion.  Le moyen de communication est le code des mouvements et des poses qui forment la danse, un langage « sanguigno » (sanguin), charnel, appartenant au monde primaire, tel que l’ancienne culture rurale de ces terres.

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Un « Koine » [κοινὴ διάλεκτος – de l’ancien dialecte grec indiquant une forme cultivé du langage commun] peu commun et plutôt rare, donna la possibilité de définir le caractère humain, avec des histoires dures et difficiles, faites de sacrifices, de souffrance et de douleur, parfois de pertes mais jamais vaincu. Des histoires humaines qui doivent être prises en compte lorsque l’intention est la vraie compréhension de la « Scherma salentina » et non pas une curiosité superficielle. Encore aujourd’hui, le seul endroit public, lorsque cette tradition s’effectue en public, est la « Ronde » (danse en cercle) durant la nuit de San Rocco, une fois par an, dans la nuit du 16 Août. Il n’est pas surprenant donc de voir Saint Roch célébré au rythme de la danse pizzica car il est le Saint le plus révéré depuis le Moyen-Age en tant que pèlerin, faiseur de miracles (thaumaturge) et guérisseur. Avec son bâton (bourdon) et sa cape de pèlerin. Pour les paysans il a toujours été une figure incontournable de dévotion. Même si sa notoriété s’est agrandie au cours des siècles en Europe et par delà les océans, il reste un personnage empli de mystère.

Texte écrit par Dr. Davide Monaco et Dr. Marco Quarta.
Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille de lire : « La Scherma Salentina… a memoria d’uomo -dalla pazziata alla danza scherma » par davide Monaco – 2006 Ed. Aramire’
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Grand Maître

Chevalier Don – Raffaele Donadei

(2 Février 1931 – 15 Décembre 2003)
 « …cet art a toujours été pratiqué sur ces terres, depuis les temps anciens… lorsque une affaire délicate se produisait (les armes à feu n’existaient pas), la seule forme de duel était la « pazziatura« , le couteau ou épée à la main, assisté par les « compari » (associé ou amis) et « testimoni » (témoins)… »
« … le « pazziamento » n’est rien de plus qu’une danse… et la musique n’est pas requise du tout. Lorsque deux maîtres d’un niveau certain se faisaient face, ils gardaient toujours une certaine distance, allant rarement atteindre la touche. Approcher trop près pouvait signifier un « colpo mortale » (coup mortel) possible… chaque coup qui « rientrava » était synonyme de sang. … En particulier lors des duels jusqu’au dernier sang, les « pazziatori » (combattants au couteau) étaient très prudents avant de s’approcher de trop près… Lorsque l’on utilise seulement les doigts, vous pouvez vous rapprocher, vous pouvez essayer différentes stratégies et coups, utiliser des feintes et des provocations diverses. Toutefois, lorsque vous avez une arme à la main, vous passez du temps à observer, immobile. Dans ce cas, lever une jambe (comme donner un coup de pied) est extrêmement dangereux. Les blessures peuvent être nombreuses et à divers endroits du corps, les deux escrimeurs essaient de se blesser mutuellement ; il est par conséquent tout à fait possible de mourir en se vidant de son sang. … Les frappes au visage sont inévitables car ils sont des « colpi di offesa » (coups d’attaque)… »
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[extraits d’interviews tirés de « la Scherma Salentina – Monaco 2006]

Et voilà, nous clôturons ainsi notre chapitre sur la région des Pouilles, prochaine étape, la Sicile !!! merci encore au Dr. Marco Quarta de me permettre d’utiliser les documents nécessaires à l’élaboration de ces articles. J’espère que vous prenez autant de plaisir à lire  que j’en prends à les traduire et mes mettre en page. Si vous avez des commentaires, des requêtes ou je ne sais quoi d’autre, n’hésitez pas à laisser des messages sur le blog, c’est aussi un espace de partage donc lâchez-vous 😉

Alla prossima e avanti a viele spiegate verso la Sicilia !

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